Entrepreneures de cause. Contribution à une sociologie des engagements des dirigeantes économiques en France

Thèse de doctorat en Science politique, Sociologie - EHESS
Par Marion RABIER
Page personnelle
Sous la direction de Michel OFFERLE
Année de soutenance 2013
Très honorable avec félicitations du jury

Résumé

Français Anglais
Cette thèse a pour objet les entrepreneuses de la cause des dirigeantes, entendues comme les cadres supérieures et les cheffes d’entreprises engagées dans des associations animées par des dirigeantes et dénonçant la sous-représentation des femmes aux postes à responsabilité dans le monde économique. A la croisée de la sociologie du genre, de l’action collective et des élites, la thèse démontre que ces dirigeantes définissent et promeuvent une cause sexuée de classe dominante, une égalité par et pour le haut de la hiérarchie sociale, fondée sur une définition différentialiste de l’égalité des sexes et centrée sur l’argument économique de la performance de la mixité. La socio-histoire des entrepreneuses de la cause des dirigeantes montre d’abord que si ces femmes ont pu se revendiquer « féministes » jusque dans les années 1950, une rupture s’opère entre la cause des dirigeantes et le mouvement féministe à partir des années 1970. Ensuite, l’enquête de terrain, qui combine des méthodes qualitative (entretiens, observations, dépouillement d’archives) et quantitative (passation d’un questionnaire en ligne auprès d’adhérentes de ces associations), permet de dresser la cartographie de l’espace de la cause des dirigeantes dans lequel les organisations, ayant pour espace de référence le champ économique, empruntent aux répertoires de l’espace de la cause des femmes (collectifs non-mixtes) mais aussi et surtout des organisations patronales (sociabilité professionnelle, expertise et services) en tentant d’articuler deux identités (femme et patron), la seconde primant sur la première. La sociologie des pratiques et des trajectoires des dirigeantes engagées, envisagées en période de mobilisation en faveur de la loi instaurant des quotas d’administratrices et en période « routinière », révèle alors les « porosités » de ces sociabilités professionnelles « désintéressées », carrières militante et professionnelle se construisant ensemble.
This doctoral dissertation focuses on women issue entrepreneurs addressing the cause of female leaders, i. E. Women entrepreneurs and CEOs who are involved in gendered professional organizations denouncing the underrepresentation of women in executive positions in the business world. At the crossroads of a sociology of gender, collective action and elites, the dissertation aims to show that these female leaders promote a gendered cause of the dominant class, equality by and for the top of the social hierarchy founded on a differentialist definition of gender equality. The socio-history of women issue entrepreneurs shows first that though these women may have claimed to be "feminists" in the 1950s, there is a hiatus between the cause of female leaders and the feminist movement from the 1970s onwards. Second, my fieldwork, combining qualitative methods and quantitative instruments has enabled me to map the field of the cause of women leaders, where organizations, whose reference remains the economic sphere, use the repertoire of the cause of women (gender-specific groups) but also and above all of employers' organizations (professional sociability, expertise and services), while trying to combine two identities (woman and manager) the second taking precedence over the first. The sociology of practices and trajectories of committed women leaders, considered during the specific period of the campaign in favor of a law setting quotas for women on company boards as well as during a "regular" period reveals the “permeability” of “selfless” professional sociability. Activist and professional career paths indeed develop in parallel