Ecritures féminines de la guerre : un état des rapports de pouvoir entre les sexes

Thèse de doctorat en Littérature française - Université Paris 8 Vincennes—Saint-Denis
Par Houda BEN GHACHAM
Sous la direction de Zineb ALI-BENALI
Année de soutenance 2014

Résumé

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La guerre est une pratique essentiellement masculine : les femmes n’avaient pas le droit d’utiliser les armes et de faire la guerre dans les premières communautés humaines. Historiquement, les femmes n’ont jamais été sommées de participer à la violence collective pour défendre les intérêts de leur groupe. Ces données historiques et anthropologiques nous ont amenée à poser la question de l’écriture féminine de la violence extrême dans le cas de la guerre du Liban, à travers un corpus de trois romans féminins. En reliant l’apparition tardive de l’écriture féminine et la discrimination historique des femmes dans le Monde arabe, nous avons pu poser l’écriture féminine dans le contexte des rapports de pouvoir entre les sexes. Cela nous a permis d’interroger l’état de ces rapports de pouvoir dans l’écriture féminine d’une pratique qui échappe aux femmes et en même temps implique toute la société. La guerre écrite par des femmes est envisagée, rapportée et mise en scène suivant des lignes de force communes : importance capitale de l’espace recomposé par le conflit, passant sous le contrôle exclusif des confrontations armées; temps inféodé à l’espace fractionné ; rapports entre hommes et femmes marqués par les signes de la discorde, de la désunion et de la séparation instaurées par la guerre civile. Le rejet du conflit armé, et la critique radicale de la résistance des structures sociales autoritaires et injustes à la dynamique moderne d’émancipation féminine et humaine, fondent la concordance entre les œuvres étudiées malgré les choix esthétiques différents qui les caractérisent. Un nouveau Moi féminin apparaît, libéré de la charge sacrificielle du contrat social traditionnel.
War is in essence a masculine activity. Women were not allowed to use weapons and to make war in early human communities. Historically speaking, women had never been required to take part in collective violence to defend their group interests. These historical and anthropological data have led us to raise the issue of the writing of women about extreme violence, with the Lebanon war as a case in point, through a corpus of three women's novels.By relating the late advent of the writing of women and the historical discrimination of women in the Arab world, we have been able to consider the writing of women within the power relationships opposing both sexes. This has allowed us to question the state of those power relationships in women's writing about an activity which is out of reach of women and at the same time concerns society as a whole.War in women's writing is considered, reported and staged according to common main lines: the all-importance of space as it has been reconstructed by the conflict as such, being fully in control by armed confrontations; time is subservient to divided up space; men/women relationships characterized by symptoms of discord, disunion and separation brought about by the civil war. The rejection of the armed conflict and the radical criticism of the resistance of authoritarian and unfair social structures to the modern dynamics of female and human emancipation bring together the works under study in spite of the different aesthetical choices opposing them. A new feminine self materializes, liberated from the sacrificial burden of the traditional social contract.