(É)migrer vers le « Nouveau Monde » (Australie et Nouvelle-Zélande) : sociétés d’émigration féminines et métropole en Grande-Bretagne (1860-1914)

Thèse de doctorat en Langues et cultures des sociétés anglophones - Université Paris-Sorbonne
Par Marie-José RUIZ
Sous la direction de Myriam BOUSSAHBA-BRAVARD
Année de soutenance 2015

Résumé

Français Anglais
Au XIXe siècle britannique, le départ des bourgeoises à destination des colonies australiennes et néo-zélandaises était dévolu aux sociétés d'émigration de femmes, pour les femmes. L'émigration de ces femmes des classes moyennes était semi-volontaire ; elles étaient « surnuméraires » et ne pouvaient accéder à l'emploi ni à l'instruction ; elles se trouvaient donc sans possibilité de survie en métropole et n'avaient d'autres choix que d'accepter de peupler les colonies qui leur offraient un futur meilleur, disait-on. À la suite des révélations du recensement de 1851, les femmes non mariées et donc non génitrices furent considérées comme un « fléau » pour l'équilibre démographique de la nation ; les études lexicométriques sur la presse contemporaine confirment que les femmes célibataires représentaient un danger national. Ce travail de recherche examine les politiques d'(é)migration de la Grande-Bretagne et interroge la nature du mouvement des femmes aux confins de la nation, dans une union organique avec la métropole, et au sein de l'Empire, dans des colonies appendices de la mère patrie. Pour ces femmes, recruteuses et émigrantes, s'agissait-il de migration au sein d'une même entité ? Leur sélection était conforme aux préceptes du darwinisme social : elles devaient devenir les gardiennes morales et sociales de la plus grande Bretagne. Les émigrantes sélectionnées par les sociétés d'émigration féminines devaient agir comme des remparts biologiques contre les invasions exogènes et donc être des « dames parfaites », formées par des femmes « exceptionnelles », leurs recruteuses.
In 19th century Britain, female emigration societies were given the responsibility of middle class women's emigration to the Australian and New Zealand colonies. These gentlewomen's departure was semi-voluntary as they were « supernumerary », could not get a job nor an education, and werE thus denied survival opportunities in the Mother Country. They had no other choice than accepting to people the colonies that were believed to offer them brighter futures. Following the 1851 Census, unmarried and to a certain extent non-mother women were considered as a « plague » that endangered the nation's demographic balance; lexicometric studies of the contemporaneous press confirm that single women were perceived as a national danger. The present work examines (e)migration policies and focuses on the nature of women's movement to the nation's outer limits in an organic union with the Mother Country, and within the Empire, to colonies perceived as Britain's appendices. Did the women involved in the process, recruiters and emigrants, consider that they migrated within a unique entity? Their selection followed social Darwinian precepts as they were to be the moral and social guardians of Greater Britain; the female emigrants selected by the female emigration societies were to act as biological shields against exogenous invasions and thus had to be « perfect ladies » shaped by « exceptional » women, their emigration organisers.