Du couscous et des meetings contre l’émigration clandestine". Mobiliser sans protester au Sénégal

Thèse de doctorat en Science politique - Université Paris-Sorbonne
Par Emmanuelle BOUILLY
Sous la direction de Johanna SIMEANT-GERMANOS
Année de soutenance 2017

Résumé

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La thèse s’attache à restituer les technologies de réparation du malheur social et de représentation des griefs au Sénégal. Elle démontre que la contestation, la mobilisation et la protestation ne s’équivalent pas toujours et plaide pour que leurs frontières analytiques soient précisées. S’appuyant sur les critiques du tournant culturel et celles des études féministes adressées aux théories de l’action collective, la thèse souligne les postulats et les points aveugles du concept de mouvement social. Historiquement situé, ce concept ne permet pas de saisir certaines des formes d’action collective sur des terrains non-occidentaux. A partir d’une enquête qualitative et quantitative menée, entre 2007 et 2012, principalement auprès d’une association de mères de migrants, la thèse montre qu’il existe, au Sénégal, une option qui consiste à mobiliser sans protester. Cette expression signifie que des acteurs sociaux peuvent employer un répertoire organisationnel hybride (association revendicative, self-help, mutuelle d’épargne, coopérative de travail) - qui vise autant l’Etat qu’il s’en dispense - ainsi que des modes d’action non-confrontatifs aux autorités publiques (témoignages dans les médias, participation à des meetings politiques ou conférences internationales). Sans recourir à l’action protestataire, les discours et les pratiques de ces mobilisations n’en sont pas moins politisées. La thèse montre en particulier comment le monde de l’aide et du développement s’est saisi de techniques genrées et d’entrepreneures de mobilisation non-protestataires propres au champ politique sénégalais afin de mener ses propres missions.