Derrière la pensée : instants de ravissement dans l’écriture de Clarice Lispector

Thèse de doctorat en Etudes de genre - Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis
Par Silvia Maria Teresa OSTUZZI
Sous la direction de Nadia SETTI
Année de soutenance 2015

Résumé

Français Anglais
L’écriture de Clarice Lispector est habitée par une profonde tension vers le ravissement. Ce terme, qui peut correspondre aux mots brésiliens êxtase, enlevo, n’est pas courant au sein du lexique lispectorien ; cependant nous avons choisi de bâtir une problématique à partir des multiples occurrences et figures de marque extatique qui parsèment son œuvre. D’abord le ravissement se déploie en tant que fracture du réel sur le plan de la temporalité : instant qui déchire l’opacité du quotidien en exposant les protagonistes féminines des récits et des romans lispectoriens à un ordre différent du sens et du réel, au-delà du domaine même de la compréhension. La tension déclenchée par la rupture, le (des)encontro, conduit la parole toujours dans un espace qui se situe, dans les termes de Lispector, derrière la pensée. Ce travail explore la possibilité d’aborder certains lieux textuels lispectoriens afin de mettre en lumière la portée et la profonde tension du ravissement, en poursuivant la puissance éminemment non-pensante de l’écriture de Clarice Lispector : son caractère hiéroglyphique. À la lumière de cela, l’œuvre lispectorienne pourra être (re)pensée en tant que tension vers le ne pas savoir, que l’écrivaine désigne dans son texte Água viva (1973) comme « pensée derrière la pensée ».
Behind the thought : moments of rapture in the writing of Clarice Lispector // The writing of Clarice Lispector is inhabited by a deep tension to rapture. This term, which may correspond to the Brazilian words êxtase, enlevo, is not common in the lexicon of Lispector; however, we chose to build a question observing the multiple occurrences of ecstatic figures which belong to her work. First, the rapture unfolds as a fracture in the temporality plan: it tears the opacity of the daily life, exposing the female protagonists of Lispector’s stories and novels to a different order of meaning and of reality, placing them outside the scope of understanding. The tension triggered by this rupture, the (des)encontro, leads the speech into a space that is, in Lispector’s terms, behind the thought. This work explores the possibility of addressing some of Clarice Lispector’s texts to highlight the range and depth of the tension which characterizes rapture, pursuing the highly non-thinking power of the writing of Clarice Lispector: its hieroglyphic character. In this perspective, the work of the Brazilian writer can be (re)thought as a struggle toward the not knowing, to which the writer refers in her text Água Viva (1973) as « thought behind the thought ».