Danseuses et divinités. Modalités et enjeux de l’apprentissage de la danse de cour cambodgienne.

Thèse de doctorat en Sociologie - EHESS
Par Lucie LABBE
Sous la direction de Bénédicte BRAC DE LA PERRIERE
Année de soutenance 2016

Résumé

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La thèse a pour objet la danse de cour cambodgienne qu’elle aborde non seulement en tant que production sociale mais aussi dans ses aspects esthétiques et techniques. D’origine rituelle et palatine, cette forme de danse également nommée « danse classique khmère » est aujourd’hui enseignée dans un contexte étatique institutionnel. Depuis quelques décennies, elle est aussi enseignée et pratiquée dans les cadres touristique et humanitaire. Des tournées internationales et des associations créées par des Cambodgiens de la diaspora ont également contribué à l’exporter hors du Cambodge. Partant de ces observations, les conditions dans lesquelles le « savoir dansé » est aujourd’hui incarné hors de la cour sont examinées afin de mettre en évidence le rôle actuel de la danse et des danseuses. Il s’est avéré que, dans les différents contextes où elle existe, la danse de cour n’apparaissait pas seulement comme un symbole visible de l’identité cambodgienne. Une efficacité rituelle lui est toujours reconnue dans certains cadres, en particulier celui du ministère de la Culture et des Beaux-Arts. Là, l’apprentissage est particulièrement rigoureux et rythmé par des cérémonies qui actualisent le lien entre les générations passées et présentes de maîtresses et d’élèves. Les danseuses, forgées par la danse à la fois dans leur corps et dans leur esprit, incarnent des modèles de femmes khmères dans un cadre ethnico-national où la royauté demeure un référent social. Certaines revendiquent par ailleurs un nouveau statut d’artiste en développant une expression personnelle dans la continuité mais aussi, pour quelques-unes, dans une forme de rupture avec les référents monarchiques et étatiques.