Contours d’un métier traversé par un processus de féminisation : les Conseillers/ères Principaux/pales d’Éducation

Thèse de doctorat en Sociologie - Université de Rouen
Par Aurélia CONFAIS
Sous la direction de Sophie DEVINEAU
Année de soutenance 2017

Résumé

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Située à la croisée de la sociologie des professions, du genre et des présences sociales, cette thèse propose une lecture sociologique d’un métier ayant été très peu ou pas étudié par les sciences sociales. A partir d’une enquête mêlant démarches méthodologiques quantitatives et qualitatives, ce travail éclaire le métier des Conseillers Principaux d’Éducation sous différents angles et permet notamment de l’appréhender au travers de sa dimension sexuée. Constitué aujourd’hui à 72 % de femmes, ce groupe professionnel a connu un processus de féminisation quantitatif depuis sa mise en place en 1970 alors qu’il est issu d’un ancien bastion masculin. L’analyse de cette progression massive des femmes a ainsi rendu compte des mécanismes complexes qu’elle sous-tend, c’est-à-dire de phénomènes ayant pu soit freiner leur ascension comme les quotas sexués, mais aussi de la manière dont les évolutions de la structure scolaire ont a contrario encouragé leur progression. A ce titre, la mobilisation d’un corpus inédit des rapports de jury du concours a permis de s’attarder sur les procédés de recrutement de cet acteur éducatif et d’établir son portrait idéal attendu par l’institution. Remontant aux origines du métier de CPE par le biais d’une analyse sociohistorique, et s’attardant particulièrement à la compréhension des ressorts d’activités de son ancêtre professionnel le Surveillant Général, cette thèse met en lumière un lien de filiation persistant lié à la dimension autoritaire de ce dernier, mais également dans une moindre mesure à sa dimension éducative ayant éclos au tournant du XXème siècle et s’étant étoffée jusqu’à l’arrivée du CPE. Progressivement, l’accroissement de ses missions a abouti à lui donner une image polyvalente. Quoi qu'on puisse traditionnellement associer le care au genre féminin tandis que l'autorité relèverait du genre masculin, le fait que chaque CPE doivent disposer de ce socle multiple de compétences, parce que les exigences de son territoire d’action l’impose et parce qu'il est la plupart du temps le seul de son établissement à occuper la tâche, rend difficile une analyse strictement genrée et invite plutôt à envisager l’analyse des processus de (dé-)sexuation des activités professionnelles.
This doctoral thesis is a sociological exploration of an occupation that has been hitherto very little studied in social science. It aims at examining the job of French “Conseillers Principaux d’Éducation” (Principal Educational Adviser, PEA) from many various angles and approaches (sociology of the professions, gender sociology, social presence theory) as well as qualitative and quantitative methods so as to better encompass the gendered dimension of this job. In its inception in 1970, this occupation used to be a male stronghold, but it has undergone a growing process of feminization since 72% of French Principal Education Advisers today are women. Our analysis must account for the mechanisms underlying such a significant increase; in other words, this study must take into account factors like sex quotas that could have hindered it but also analyse the evolutions of school structure that conversely fostered it. For that end, the in-depth analysis of the selection committee’s recent reports sheds new light on the recruitment process of the future PEAs and gives a clear picture of the ideal candidate and of what is expected from the institution. The analysis of socio-historical background and origin of the job will help trace back the evolution of the job’s required skills, with a particular focus on the forebear of the PEA (the French ‘Surveillant Général’, a stern Dean of Discipline) and chart the evolution of the professional role from a former more authoritative nature to a more educational one, especially at the turn of the 20th century and a much more developed educational one till the inception of the PEA. The job has over the years grown in scope and the PEAs have been assigned a greater number of tasks and missions that they have been endowed with an image of all-purpose, multi-skilled employees. While authority has traditionally been seen as male, and care as more female, the fact that every PEA should have at their disposal such a wide range of skills, because they are required by their work environment and because most of the time they are the only ones in the school to tackle such tasks, it makes a purely gendered analysis much more difficult and invites a broader approach of the (de-)gendering of professional activities.