Construire le corps féminin à travers les pratiques obstétricales à Phnom Penh, Cambodge

Thèse de doctorat en Sociologie, Démographie - Université Paris Descartes
Par Clémence SCHANTZ
Sous la direction de Véronique PETIT
Année de soutenance 2016

Résumé

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Cette recherche sociodémographique remet en question la vision idéalisée des Nations Unies concernant la santé maternelle au Cambodge en observant « par le bas » et en rendant visibles les pratiques obstétricales à partir d’une enquête empirique sur plusieurs terrains à Phnom Penh et en Kandal (milieu rural). Les résultats montrent que certains hôpitaux et cliniques pratiquent des épisiotomies systématiques, ce qui est contraire aux recommandations internationales, et que le taux de césarienne dans la capitale a presque triplé en quinze ans, dépassant le seuil de 10% recommandé par l’OMS. Enfin, une pratique répandue de périnéorraphies visant à resserrer fortement le vagin de femmes jeunes et en bonne santé après des accouchements par voie basse, et sans indication médicale, est courante dans la capitale. Ces pratiques obstétricales, historiquement construites, sont fréquemment détournées de leur usage médical pour répondre à une demande sociale. Elles font système en se renforçant les unes les autres. Le corps des femmes est appréhendé dans cette recherche comme un corps social et politique, révélateur des rapports sociaux, sur lequel se jouent de nombreux enjeux de pouvoirs.
This socio-demographic research challenges the idealized vision of the United Nations regarding maternal health in Cambodia by showing and observing obstetrical practices on the ground, from an empirical study led in several setups in Phnom Penh and in Kandal province (rural sector). The results show that episiotomies are systematically performed in some hospitals and clinics, in contradiction with international recommendations. Furthermore, the number of caesarean sections in Phnom Penh has almost tripled in fifteen years, and since the beginning of the 2000s it is above the 10% threshold recommended by the WHO. Finally, in the capital city, a common practice is observed: perineorraphy, which aims at tightening the vagina of young and healthy women shortly after a vaginal delivery without any medical indication. These three obstetrical practices have historical roots and are now frequently used outside of their medical purpose, as a response to a rising social demand. The thesis shows that these three obstetrical practices are interconnected and form a system. At the intersection between body, gender and biomedicine, these different obstetrical practices can be understood as tool of domination that seeks to shape the female body according to social expectations.