Chroniques d’une maternité hégémonique. Identités féminines, représentations des mères et genre de la parentalité dans les séries télévisées familiales françaises (1992-2012)

Thèse de doctorat en Sciences de l’information et de la communication - Université Sorbonne Nouvelle Paris 3
Par Sarah LECOSSAIS
Page personnelle
Sous la direction de Éric MAIGRET
Année de soutenance 2015
Très honorable avec félicitations du jury

Résumé

Français Anglais
Cette thèse porte sur l’émergence d’une figure consensuelle de « bonne » mère dans les séries télévisées françaises en s’appuyant sur un corpus de séries familiales, produites et diffusées par les chaînes historiques entre 1992 et 2012, constitué à l’aide des outils de l’Inathèque. Cette figure maternelle hégémonique se caractérise par des impératifs de responsabilité, de communication, de disponibilité, d’amour, de réflexivité ou encore de culpabilité. L’exercice du métier de mère renvoie à des performances, de genre comme de parentalité, tant les héroïnes s’attachent à mettre en pratique les attendus d’une « bonne » maternité. Une approche intersectionnelle permet de mettre en lumière que la « bonne » mère, de surcroît, est blanche, de classe moyenne ou supérieure, et hétérosexuelle. Cette thèse montre ainsi que les politiques de représentation à l’œuvre viennent réassigner les femmes à leur genre en faisant la promotion d’identités féminines centrées sur la maternité tout en transformant en injonctions les attentes normatives vis-à-vis de la maternité, participant par là à un mouvement de backlash. Ces séries deviennent ainsi les complices de la promotion d’une parentalité policée et de la normalisation de la vie familiale.
This thesis deals with the emergence of a hegemonic mother figure in French TV series. The research is based on a corpus of family TV series, produced and broadcasted by historic TV channels between 1992 and 2012, gathered with help of the INA archives. The qualitative analysis shows a valuable and legitimated figure of « good » mother which is characterized by imperative duties such as duties of communication, responsibility, availability, love, reflexivity or guilt. The mother’s job becomes a performance of gender and of parenthood. Indeed heroines intend to perform the model of good mother along with the social expectations about motherhood. Intersectionality encourages us to consider the articulation of gender, race, class and parenthood. Thus, the “good” mother is also a White middle or upper class, heterosexual one. This analysis suggests a phenomenon of backlash against mothers. This thesis shows that the ongoing politics of representation reassign mothers to their gender by promoting women’s identities centred on motherhood; they turn normative expectations about motherhood into injunctions. These family TV series thus become abled allies for the promotion of a gendered and controlled parenthood. They support the normalization of family life.