Caritas et familiaritas à l’ombre du Seigneur : les relations des mulieres religiosae des Pays-Bas méridionaux du XIIIe siècle avec leur entourage.

Thèse de doctorat en Histoire médiévale - Université Jean Jaures Toulouse 2
Par Anne-Laure MERIL-BELLINI DELLE STELLE
Page personnelle
Sous la direction de Sophie BROUQUET-CASSAGNES
Année de soutenance 2012
Très honorable

Résumé

Français Anglais
Au XIIIe siècle, les premières mulieres religiosae fondent un phénomène spirituel dont l’ambigüité préoccupe autant les contemporains qu’il interroge les historiens des béguines et plus largement de l’Église médiévale et des femmes. À travers un corpus constitué de Vitae et d’exempla provenant ou traitant des Pays-Bas méridionaux, cette thèse a pour objectif de renouveler la question de la place et du rôle de ces dévotes atypiques dans une démarche comparative fondée sur l’analyse simultanée d’hommes et de femmes pieux, menant une vie religieuse, dans ou en dehors d’une communauté, permettant ainsi de convoquer les acquis de l’histoire du genre pour éclairer cette réflexion. La première partie de l’étude s’attache à déconstruire les topoi de la sainteté mystique née de l’isolement pour mettre au jour les rebuffades dont les mulieres religiosae ont été les victimes jusqu’à l’exclusion sociale. Néanmoins, cette mise à l’écart est contredite par les hagiographes eux-mêmes qui brossent dans le même temps le portrait de femmes œuvrant dans le siècle. La première partie de ce travail ouvre l’analyse sur les modalités d’insertion sociale développée par et autour des mulieres religiosae. Économiquement, politiquement et surtout spirituellement, en raison de leur sainteté, elles participent activement au monde qui les entoure et s’insèrent dans différents réseaux, dont un bilan sériel permet d’appréhender la richesse. Les éléments qui émergent de ce deuxième temps permettent d’étendre le champ de la recherche au fonctionnement de ces sociabilités. En prenant appui sur une analyse sémantique, il s’agit de saisir leurs principes de mise en œuvre, articulée autour de la vertu de caritas, ainsi que leurs limites qui sont de plus en plus visibles après la deuxième moitié du XIIIe siècle.
In the thirteenth century, the first mulieres religiosae were proponents of a new spiritual phenomenon whose very ambiguity preoccupied their contemporaries as much as in the present day it has come to fascinate historians of the Beguines and more broadly those interested in the study of relationships between women and the medieval Church. Using gender history together with an invaluable corpus of medieval literature, namely Vitae and exempla originating in or dealing with the Southern Low Countries and by taking a comparative approach based on an analysis of pious men and women, this thesis aims to revise the role of groups of atypical women, who were leading a religious life, within or outside of a community. The first part of this study focuses on the deconstruction of the topoi of mystical sanctity to uncover the troubles to which the mulieres religiosae fell victim, causing their social exclusion. However, this apparent marginalization is actually contradicted by the hagiographers themselves who, at the same time, paint a portrait of women as fully integrated in society. The first part of this work seeks to analyze the means by which social integration is developed, by and around mulieres religiosae. Economically, politically and especially spiritually, because of their holiness, they participate actively in the world and form part of different networks, whose richness can be assessed through a detailed summary. These elements extend the scope of my research to the operation of these social interactions. Building upon a semantic analysis, I aim to grasp their principles of implementation, centred on caritas, while demonstrating that the limits of these networks become more visible after the second half of the thirteenth century.