Au bonheur des rencontres. Sexualité, classe et rapports de genre dans la production et l’usage des sites de rencontres en France

Thèse de doctorat en Sociologie - Science Po Paris
Par Marie BERGSTRÖM
Page personnelle
Sous la direction de Michel BOZON
Année de soutenance 2014
T.H. avec félicitations du jury à l’unanimité

Résumé

Français Anglais
La fréquentation des sites de rencontres est désormais une pratique répandue en France et un objet de débat important. À partir d’une recherche empirique originale qui croise des enquêtes qualitatives et quantitatives, cette thèse propose une sociologie de ces services de rencontres sur Internet. Se plaçant d’abord du côté de la production des sites, elle montre la constitution d’un nouveau marché économique – celui de la rencontre – dont elle dissèque les différentes logiques. Elle explique en particulier la forte standardisation des plateformes, et la diffusion plus récente de sites spécialisés, comme autant de dynamiques propres à un marché en développement. Étudiant les usages au sein de la population hétérosexuelle, elle interroge ensuite les modes d’appropriation – sociaux et sexués – des sites et l’organisation des relations qui en découlent. Ce faisant, l’enquête révèle que, si les sites promeuvent les rencontres amoureuses, ils contribuent en réalité peu à la formation des couples, favorisant davantage une hétérosexualité non conjugale. La discrétion des rencontres en ligne, qui se déroulent en dehors et à l’insu des cercles de sociabilité, contribue à ce fait. Alors que les pratiques numériques sont habituellement associées à une publicisation croissante de la vie intime, les sites de rencontres participent donc d’un mouvement contraire de privatisation de la sociabilité sexuelle. Cette caractéristique des sites autorise une plus grande marge de manœuvre dans l’exercice de la sexualité, et ce en premier lieu pour les femmes, mais ne déroge pas pour autant au double standard de sexe qui structure les relations hétérosexuelles, sur Internet comme ailleurs. In fine, les sites de rencontre constituent un point d’observation original sur les transformations récentes de la sexualité, de la conjugalité et des relations de genre. Considérés comme un « site de recherche stratégique », ils apportent des éclairages nouveaux sur la manière dont les hommes et les femmes s’engagent dans des relations intimes dans un contexte caractérisé par la diversification des parcours et des normes sexuelles.
Online dating is a widespread phenomenon in France today as well as an important topic of debate. Based on original empirical research, interweaving qualitative and quantitative methods, this thesis offers a sociological understanding of these sites. By first examining the production of dating sites, the thesis shows how a new economic market has been established – the dating market – whose different logics are then analysed. In particular, the high degree of standardisation of these platforms, as well as the more recent spread of specialised sites, are seen as characteristics of a developing market. Dating site use within the heterosexual population is then examined through an analysis of the different modes of appropriation – social and sexual – of the sites, as well as the structure of resulting relations. In so doing, the investigation reveals that although these sites do foster romantic encounters, they seldom result in couple formation, favouring instead a non-conjugal heterosexuality. The privacy afforded by online dating, external and unbeknownst to one’s social circle, contributes to this. Whilst the use of information technologies is typically associated with increasing public exposure of intimate life, dating sites thus have the opposite effect of rendering sexual sociability more private. This characteristic of the sites allows for a larger degree of freedom in the expression of sexuality, particularly for women; however, it does not circumvent the sexual double standard that structures heterosexual relations, on the Internet as elsewhere. In fine, dating sites offer a promising vantage point from which to observe recent transformations of sexuality, conjugality and gender relations. Understood as a ‘strategic research site’, they shed new light on the way in which men and women enter into intimate relations in a context characterised by the diversification of sexual practices and norms.