Activités littéraires et rapports sociaux de sexe : le cas des écrivains tunisiens.

Thèse de doctorat en Sociologie - Université Lumière Lyon 2
Par Abir KRÉFA
Page personnelle
Sous la direction de Sylvia FAURE
Année de soutenance 2013
Très honorable avec félicitations du jury

Résumé

Français Anglais
À la croisée de la sociologie de la culture, du genre et de la sociologie politique, cette thèse analyse les rapports subjectifs et objectifs d’écrivains et d’écrivaines tunisiens contemporains à leurs activités littéraires en montrant qu’ils se situent entre expression de soi et aspiration à la reconnaissance. Le matériau empirique est formé d’une soixantaine d’entretiens semi-directifs auprès d’écrivaines et d’écrivains arabophones et francophones, d’éditeurs, de membres d’un jury de prix littéraire, de témoignages publiés, d’un corpus d’œuvres de création et de textes critiques consacrés à la « littérature féminine ». À rebours de tout misérabilisme, la thèse reconstitue, à partir d’une approche comparatiste (genrée et générationnelle), les conditions sociales ayant permis à des femmes de s’investir dans des pratiques créatives et d’accéder à l’édition. Elle décrit les formes d’acquisition et de réappropriation des dispositions et des compétences cultivées, les événements et les contextes (biographiques, matériels, politiques, etc.) déclencheurs en même temps que ceux qui entravent les pratiques d’écriture. Tout en montrant l’étroitesse du marché de l’édition littéraire, la thèse analyse, à partir de la reconstitution de trajectoires, de goûts et de ressources de dix éditeurs, les conditions sociales et matérielles de son émergence. Si la recherche réinscrit les écrivains et écrivaines tunisiens dans les rapports de domination (politiques, littéraires, de genre, etc.), elle met aussi en évidence la diversité de leurs stratégies (éditoriales, narratives, de présentation de soi, etc.) pour être reconnus en tant que créateurs. Elle montre ainsi que le contrôle de la production littéraire par les institutions autoritaires n’empêche pas la revendication de l’autonomie artistique et que la ghettoïsation des écrits des femmes s’accompagne de résistances à la relégation sexuée. Enfin, en prenant conjointement pour objet les normes politico-sociales et certaines normes de l’univers littéraire, cette recherche interroge la neutralité des critères d’évaluation critique du point de vue du genre et met au jour les stratégies des écrivaines pour faire valoir leurs compétences créatives.
At the intersection of cultural sociology, gender studies and political sociology, my dissertation analyzes subjective and objective relations of contemporary Tunisian writers with their literary activities. I want to show that they are situated between expression of oneself and aspiration to acknowledgement. The empirical material is constituted by sixty interviews with French-speaking and Arabic-speaking writers, editors, members of a panel of judges for a literary award but also enriched by published testimonies, a corpus of creative writings and uncritical texts dealing with the « Women’s literature ». In a gendered and generational comparative approach opposed to the preoccupation of the sordid aspects of life, my dissertation recreates social conditions which have permitted to women to commit themselves to creative practices and to reach to publishing. I describe the acquisition and reappropriation of different types of cultivated dispositions and competences; the trigger events and contexts (biographical, material, political) but in the same time those which stop the writing practices. My dissertation deals with the narrow market of literary publishing in analyzing social and material conditions of its coming up starting from the reconstitutions of social trajectories, tastes and resources of ten editors. If my research places masculine and feminine Tunisian writers in the relations of domination (politics, literature, gender), the diversity of their strategies (editorial, narratives, self-presentation) to be known as creators is also highlighted. Thus, my dissertation shows that the control of literary production by authoritarian institutions doesn’t stop the claim for artistic autonomy and that the ghettoization of women’s writings is accompanied by resistances to sexed relegation. Finally, studying the intersection between political and social norms and literary norms questions about the neutrality of critical evaluation criteria from a gender point of view and highlights the writer’s strategies to assert their creative competences.