Axe 9 - Genre, religions et sécularisations

Au sein des configurations politico-religieuses, qu’elles soient conflictuelles ou plus ou moins consensuelles, le genre occupe une place centrale qu’il convient de mieux définir et d’explorer. Le champ du religieux, de la sécularisation (dans ses différentes acceptions) et des laïcités est en effet un des moins travaillés du point du vue des études de genre, malgré son importance dans les configurations socio-politiques contemporaines. Ouvrir ce champ interdisciplinaire est indispensable pour comprendre comment le genre est à la fois le fruit et l’outil de formes de pouvoir et de négociations au sein de contextes politico-religieux très contrastés. Il est un élément structurel des rapports de forces politiques, sociales, religieuses, culturelles, de formes multiples, tout en étant construit dans et par ses rapports. Le genre est un langage d’identification et d’appartenance religieuse dont les acteurs s’emparent. La variable religieuse est l’une de celles qui brouillent les relations entre privé et public, comme le montrent les polémiques autour des signes religieux dans l’espace public ou encore la question des statuts personnels.

Pour aborder ces problématiques, plusieurs terrains sont propices. Les processus législatifs, les débats d’opinion, les revendications politiques sont révélateurs des enjeux politico-religieux de genre et doivent pouvoir éclairer les modalités des tensions entre sociétés, états, autorités religieuses et groupes religieux. La question la plus évidemment présente est celle des droits : les droits des femmes (l’éducation, les droits politiques, les statuts personnels régis encore largement par les normes religieuses), les droits reproductifs (en particulier le droit à l’avortement), les droits sexuels (voir LGBT) la bioéthique.

Le genre au sein des différentes sociétés est un des analyseurs privilégiés pour interroger les liens entre laïcisation (liée à la décision politique et étatique) et la sécularisation en tant que processus plus large de déprise vis-à-vis des normes religieuses au plan culturel, cognitif, social. L’hypothèse de la désécularisation doit être examinée à l’épreuve du genre : qu’est ce que le politique est prêt à abandonner au religieux dans le domaine des « mœurs » et de la régulation sociale ?

La question des normes religieuses, de leurs évolutions et de leurs mutations est à aborder également dans leur cohérence interne (théologique, juridique, symbolique), dans leur visée de gouvernance des corps et des sexualités, dans leur confrontation aux mutations de genre, dans leur capacité d’adaptation (notamment en lien avec des processus de sécularisation interne) ou au contraire dans leurs diverses crispations fondamentalistes.

La question de l’accès des femmes à l’autorité religieuse, celle des relectures théologiques contestataires d’un ordre des sexes et des sexualités inégalitaires doivent également être posées dans ce cadre. Enfin la question des représentations et des imaginaires interagit constamment dans les enjeux de genre politico-religieux. Les héritages religieux, réinvestis, réinventés forgent des imaginaires genrés, encore prégnants dans la sphère politique et modelant le sens commun. Il conviendra aussi de saisir comment les symboliques religieuses, ou héritées de l’univers religieux, du féminin et du masculin sont travaillées par les productions culturelles, littéraires, artistiques, et de comprendre en quoi la désacralisation du corps comme source d’inspiration esthétique révèle des formes de sécularisation.