Axe 8 - Famille, parenté

Parmi les facteurs qui ont contribué à une vision hiérarchique des rapports sociaux de sexe dans les sociétés occidentales modernes, la petite famille conjugale occupe une place décisive. Considérée par la philosophie des Lumières comme "la première des sociétés et la seule naturelle" (Rousseau), l’entité Père/Mère/Enfant(s) a été perçue comme la "cellule de base" de la société, cependant que la sexualité reproductrice devenait le mode privilégié de passage de la nature à la culture.

Déconstruire cette mythologie et analyser de façon critique les représentations classiques du lien familial suppose d’appréhender la réalité familiale dans toutes ses dimensions en se demandant pourquoi c’est au croisement de l’alliance et de la filiation qu’est venue s’ancrer pendant près de deux siècles la perpétuation d’un principe majeur de hiérarchie des sexes (dans et hors de la famille). Cela suppose aussi de construire des outils d’analyse capables d’appréhender les mutations contemporaines, et la véritable métamorphose en cours des liens (alliance, filiation, germanité) qui se croisent dans la famille et la parenté en général.

Ce n’est que depuis quelques décennies que la sociologie et l’anthropologie de la famille et de la parenté ont placé le genre au centre de leur approche et connu un nouvel essor, analysant des thèmes aussi variés que le quotidien où se tisse la "trame conjugale", le choix du patronyme, les nouveaux modèles de justice dans la transmission des biens et des patrimoines, les modalités familiales de socialisation des garçons et des filles, les modes de partage sexué des tâches domestiques (cf. axe 2), le vécu de la paternité et la maternité dans les configurations familiales contemporaines (séparation, divorce, adoption, recomposition etc), le développement des familles homoparentales, (cf. axe 7) les formes spécifiquement conjugales et familiales de la violence (sexuelle et non sexuelle), ou encore l’étude de l’ensemble des rituels qui révèlent le rôle de la famille dans la construction de l’identité sexuée de l’individu, de la naissance à la mort. La réflexion sur les âges de la vie est également prise en compte de façon croissante dans les études de genre, les inégalités liées à l’âge renforçant et croisant celles de genre.

En intégrant la perspective du genre, les études de parenté ont trouvé un véritable deuxième souffle, dans des travaux qui peuvent toucher aussi bien les formes nouvelles de liens institués de couple que l’étude des formes diverses d’affiliation via le rapport entre filiation, citoyenneté et nationalité, le statut des enfants métis dans l’empire colonial, la "bâtardise" etc. Les métamorphoses de la filiation sont au coeur de études liant les pratiques sociales du corps à celles de l’institution, par exemple dans les cas d’Assistance Médicale à la Procréation (don, gestation pour autrui : voir axe 10).

Enfin, la dimension du genre entraîne un renouveau remarquable du débat théorique sur la parenté en anthropologie ainsi qu’un renouveau de l’ethnographie de terrain liant genre, parenté et rituels dans les sociétés les plus diverses (Amazonie, Papouasie Nouvelle Guinée, Australie, Iles du Sud est indonésien, etc.).