Axe 5 - Genre, production, marché

Le travail représente de longue date un objet central et incontournable des études sur les inégalités de genre. Le champ du marché du travail n’en finit pas de se recomposer, les rapports sociaux de se déplacer et le genre de se faire et de se défaire à travers les enjeux de la division sexuelle du travail ; ces dernières années, l’économie du genre s’est articulée à la problématique, désormais classique en sociologie, genre/travail (cf. les travaux du MAGE)

Le domaine de l’économie du genre regroupe des thèmes comme la division du travail, tant celle du travail marchand que du travail domestique, ou encore celui de la place des femmes sur le marché du travail, de la ségrégation ou de la discrimination. On y trouve aussi les liens entre pouvoir des femmes et développement économique. Ces thèmes peuvent, et seront, bien entendu, abordés également sous l’angle sociologique et historique. Cependant, la spécificité de l’approche méthodologique en économie peut se révéler précieuse lorsqu’elle est appliquée au genre et/ou aux inégalités hommes/femmes. Par exemple, la mesure de la discrimination, qui vise à neutraliser l’effet des différences observées entre hommes et femmes pour mettre en évidence l’écart « inexpliqué » des salaires s’est révélée fondamentale pour dénoncer les injustices faites aux femmes. Elle apporte ainsi une caution scientifique à la mise en œuvre de nouvelles politiques publiques (cf. axe 2). Dans ce domaine, il reste encore beaucoup à faire – et des travaux récents s’y emploient – pour faire apparaître les mécanismes principaux à l’origine du dit « plafond de verre », par exemple, ou encore la façon dont apparaissent et s’amplifient les inégalités de genre au cours des carrières professionnelles : l’économétrie se révèle un outil irremplaçable dans cette optique.

La modélisation théorique de la prise de décision au sein de la famille est un autre exemple de recherches en plein développement. Ses conséquences sont importantes, à la fois en termes de compréhension scientifique et en termes de politiques économiques : les modèles théoriques de négociations familiales, dans lesquels on s’efforce de mesurer, en particulier, le pouvoir de négociation des femmes à l’intérieur du ménage et ses effets en matière d’éducation ou de santé des enfants ont en effet conduit à ré-orienter en faveur des femmes les programmes sociaux dans de nombreux pays en voie de développement. Là encore, ces modèles, en plein essor dans la littérature économique récente, et qui sont appliqués empiriquement à de très nombreux pays à partir de bases de données comparables, devraient permettre de mieux comprendre les ressorts de la division de la consommation et du travail à l’intérieur des ménages.

On pourrait encore citer les recherches en économie du genre portant sur les micro-crédits, ou les choix de fécondité, ou encore les liens entre fécondité et évolution des salaires, ou l’analyse des liens entre divorce et pauvreté. Ces recherches, même si elles s’enrichissent toujours de l’apport de l’interdisciplinarité, ont en commun un certain nombre d’outils et de techniques qui constituent un facteur d’innovation.

Parce que les relais entre ces modélisations théoriques et empiriques et les décideurs publics sont nombreux et forts, il est important que ce type de recherches ne soit pas le monopole de chercheurs plus intéressés par les prouesses techniques que par le contenu et les conséquences des résultats, mais soit au contraire développé largement dans une perspective de genre.