Axe 4 - Genre et temporalités

Les recherches menées par les historien-ne-s depuis une quarantaine d’années ont montré le caractère historiquement construit des différences entre les sexes, et ont fait voler en éclats l’idée qu’il existerait un progrès continu vers l’émancipation des femmes, l’égalité entre les sexes et la reconnaissance de pratiques sexuelles jugées non conformes, minoritaires ou marginales. La prise en compte de la longue durée dans l’étude des relations entre hommes et femmes et des institutions qui produisent du genre révèle des discontinuités historiques, des moments de rupture ou au contraire des permanences. Elle permet de dépasser le paradigme « présentiste » qui conduit trop souvent à envisager les évolutions ou les stagnations dans ce domaine à l’aune du seul moment présent.

Distinguer des niveaux d’appréhension de la différence des sexes (sexe, genre, sexualités) permet de mettre en évidence les régimes de genre propres à chaque époque et à chaque société. L’étude de la manière dont les acteurs sociaux s’inscrivent dans ces régimes de genre à travers leurs propres expériences et à différentes échelles (individus, familles, groupes sociaux, institutions, nations, empires) est une autre voie de la recherche historique qui voudrait dépasser la dichotomie entre représentations et pratiques sociales.

L’histoire du genre a aussi permis de mettre en lumière la façon dont ces régimes de genre s’articulent aux autres discours, représentations et catégories communes qui sont utilisées pour penser la société à une époque donnée. Les relations de pouvoir entre les sexes se développent au sein de modes d’organisation des sociétés qui peuvent se penser en fonction de catégorisations comme libres/ esclaves, citoyens/non citoyens, privilégiés/non privilégiés, colonisateurs/ colonisés, ou encore se concevoir comme hiérarchiques, corporatives, inégalitaires ou égalitaires. Elles sont aussi modelées par ces modes d’organisation et de construction réflexive.

La pensée et les mobilisations féministes jouent un rôle de révélateurs des inégalités de genre et, dans l’époque contemporaine, permettent l’émergence des « femmes » à la fois comme catégorie politique et comme sujets autonomes. L’analyse du rôle historique du féminisme dans l’accès à l’égalité juridique des sexes et dans une dynamique de libération/mutation de genre reste à approfondir, de même que ses modes de transmission et d’inscription mémorielle spécifiques (voir axe 1 et axe 2)

La prise en compte des évolutions historiques amène à identifier des moments de rupture, à comprendre comment les évolutions des conceptions du genre s’inscrivent dans des bouleversements sociaux, politiques ou culturels. Les historien-ne-s du genre ont ainsi renouvelé l’approche des grandes inflexions politiques habituellement admises (ainsi de la Révolution française ou de l’après Seconde Guerre mondiale). Conflits armés, révolutions, mutations culturelles, bouleversements sociaux, conquêtes, colonisations et migrations, mondialisation et globalisation sont autant de phénomènes historiques de grande ampleur qui s’accompagnent de renégociations, de réarrangements, de bouleversements et parfois de violences dans le domaine du genre.

Les temporalités, entendues au niveau des individu.e.s, font l’objet de contraintes et de stratégies dont la dimension genrée se manifeste notamment en termes de continuités ou de discontinuités dans les carrières et les formations, de conflictualisation des temps de travail et de non travail, de disponibilité permanente dans le travail domestique ou dans les prises en charge souvent multiples des personnes dépendantes dans la famille, etc. Temps partiel plus ou moins contraint, double tâche, partage du travail domestique, report ou anticipation des projets de vie commune ou de parentalité, sont au centre de nombreuses analyses sociologiques ou psychosociales qui requièrent d’être approfondies et renouvelées en termes de temporalités pour en saisir les évolutions. Certains travaux sociologiques novateurs interrogent également les incidences du féminisme et des transformations de l’accès des femmes à l’éducation et au travail sur les modes de vieillissement au féminin. Plus largement, se pose la question peu explorée des expériences genrées du troisième et du quatrième âge.