Axe 2 - Politique, care, justice

Les recherches sur le genre ont beaucoup interrogé, ces dernières décennies, la possibilité même, et les manières d’objectiver scientifiquement les formes sociales de la domination. Dans cette perspective, un ensemble important de recherches croise actuellement la question du genre avec les dimensions de la classe sociale, de la « race » ou de l’ethnicité, et des orientations sexuelles. Les mutations qui affectent les rapports de domination se jouant à une échelle mondiale, elles engagent en outre une réflexion sur les processus migratoires et les relations Nord-Sud. Plus largement, le genre permet d’interroger les catégories de la discrimination, de l’oppression, de la domination, et les nouvelles formes que ces dernières revêtent, au fur et à mesure des aménagements juridiques et des interventions institutionnelles visant expressément à instaurer l’égalité entre les hommes et les femmes, telles que les lois sur la parité.

Les luttes féministes ont remis en cause la catégorie même du politique, en questionnant les limites de la sphère privée et de la sphere publique, et en introduisant des problématiques jusque-là considérées comme illégitimes. Certains travaux s’emploient à faire l’historique de cette recomposition, d’autres questionnent ce que le genre continue de faire au politique et à la politique aujourd’hui. Ils critiquent par exemple les logiques implicites de l’intervention étatique et sociale ; ils explorent également la manière dont les politiques sociales fabriquent, découpent et légitiment les genres. A l’inverse, des recherches portent sur les contraintes qu’exerce le politique, dans sa conception et son exercice traditionnels, sur le genre en tant qu’objet de discours, de mobilisation ou de revendication. Elles analysent les attentes qui pèsent sur les femmes dans le champ politique (institutionnel ou militant), ou les conditions de mobilisation des identités genrées en politique. Elles interrogent encore la pertinence de la notion d’empowerment, les conditions de l’apparition et de la perception d’une « voix » des femmes, ou encore la manière dont le genre affecte la citoyenneté.

La thématique du care est ainsi devenue cruciale pour la réflexion sur la justice et le genre. Les éthiques féministes sont à l’origine d’un renouvellement considérable de l’éthique et des modes de questionnement de la justice. L’intérêt des éthiques du care est d’associer à une réflexion philosophique sur la justice des recherches empiriques concernant la hiérarchisation des questions morales et politiques, cette dernière étant elle-même liée au système des inégalités entre les sexes dans les domaines les plus variés. Le sens complexe du terme care, à la fois activité et disposition, l’une et l’autre ayant été historiquement assignées à un groupe particulier–les femmes–permet de saisir un objet indissolublement social, politique et moral, et de comprendre la dévalorisation conjointe d’un domaine d’activité considéré comme « privé », domestique, et des concepts et recherches qui s’y attachent. La recherche sur le care s’est proposée, ces dernières années, d’articuler réflexions sur la morale (la nature de la vie morale, les règles de l’attention et de l’inattention, la place de l’ordinaire), enquêtes sur les phénomènes de domination dans l’allocation et la perception des responsabilités pratiques, et travaux tenant à la sociologie des sentiments ou encore à la sociologie du travail et des migrations.

Elle s’articule aussi à une réflexion sur la santé, le vieillissement et plus généralement le rapport entre générations (cf. axe 10).