Axe 10 - Corps, santé, société

Les thématiques du corps et de la santé sont particulièrement aptes à mettre en évidence la pertinence du concept de genre en tant que principe de division sexuée et processus de sexuation sociale. Plus encore, elles permettent de complexifier l’articulation sexe/genre, les travaux en histoire des sciences et de la médecine montrant que les sexes sont construits par le genre, ce jusque dans leur matérialité. Cet axe s’intéresse à cette dimension « incorporée » du traçage des frontières sexuées, mobilisant notamment les sciences médicales et reproductives. Il englobe également les recherches sur la division sexuelle du soin et des prises en charge, notamment pour les personnes âgées, les approches genrées de l’avancée en âge constituant un autre aspect de « l’emprise du genre ».

L’étude des relations entre sciences, corps, reproduction et santé a joué un rôle essentiel dans l’émergence du concept de genre et reste un enjeu essentiel des recherches dans ce domaine. Il s’agit en effet d’intégrer dans une même démarche un questionnement sur les diverses manières dont les formes de savoir à l’œuvre dans le champ de la santé, les conditions de leur production et de leur utilisation, contribuent à définir les rapports et identités de genre mais aussi, à l’inverse, d’analyser la facon dont les rapports de genre déterminent les cibles et les modalités de l’action médicale ou sanitaire.

Deux thématiques sont, dans cette perspective, particulièrement importantes.

La première est celle de la santé et de la médecine de la reproduction. A cause du rôle qu’ont eu les travaux sur le traitement médical des frontières entre masculin et féminin dans l’émergence de la distinction entre sexe et genre, l’exploration des normes, des pratiques, des formes de régulation (par l’expertise professionnelle, par le droit ou encore par l’économie) de la santé reproductive représente une dimension privilégiée des études de genre. Elle mérite d’être amplifiée à deux titres : d’une part parce que l’ordre reproductif a connu de profonds changements au cours des trois dernières décennies, qui ne se limitent pas aux sociétés industrialisées d’Europe et d’Amérique du Nord ; d’autre part parce qu’en dépit des changements techniques et des nouvelles pratiques, l’encadrement social de la santé reproductive reste un point de passage obligé de la construction des rapports de genre.

Un second thème prioritaire est celui des maladies genrées. Il faut entendre par là tout d’abord le fait que certaines affections relèvent plus spécifiquement du masculin ou du féminin. Les travaux épidémiologiques, historiques et anthroplogiques récents, par exemple sur les cancers dits féminins ou dans le domaine de la santé mentale, leur changement d’incidence et de prise en charge, montrent tout l’intérêt qu’il y a à ne pas considérer cet état de fait comme une simple conséquence de la biologie mais comme un fait social complexe. Une seconde dimension de la maladie genrée qui appelle un véritable effort de recherche est celle des affections liées au travail lesquelles demeurent encore trop peu étudiées. Les risques professionnels doivent en effet s’envisager au regard de la division sexuelle du travail et de l’assignation sexuée des activités (Cf. axe 5).

Il conviendra aussi d’amplifier les travaux sur le vieillissement qui appréhendent l’âge comme une catégorie sexuée. Outre les mécanismes, biologiques et sociaux, amenant à des sex ratio impressionnants aux plus grands âges, les dispositifs mis en œuvre pour leur prise en charge constituent un chantier d’envergure au regard des études de genre (Cf. axe 2, axe 3). Plus généralement, c’est l’ensemble des activités professionnelles et profanes de prise en charge des questions sanitaires, tout autant publiques que privées, dont cet axe doit souligner les enjeux sexués.

La place de plus en plus visible du corps dans la société se traduit enfin par une attention nouvelle portée par les sciences sociales aux activités sportives, lesquelles se sont notablement renouvelées avec la prise en compte du genre. Le sport représente un espace d’activités particulièrement marqué par la sexuation des corps et des gestes. Ces aspects ne sont plus marginaux, et on ne peut désormais nier l’importance des activités corporelles et sportives ludiques dans le monde social. Les études dans le champ du sport se sont dernièrement ouvertes aux problématiques du genre, ouverture qu’il convient de poursuivre.