Transversale : À l’interface des sciences expérimentales et technologiques

Si le genre est aujourd’hui au cœur de l’interdisciplinarité en sciences humaines et sociales, son questionnement sur les catégorisations savantes et l’élaboration des dispositifs de recherche a encore peu pénétré les autres sciences, qu’il s’agisse des sciences biomédicales, des sciences de la nature et de l’environnement ou des sciences technologiques. Cela tient pour une part à une résistance des scientifiques de ces domaines à envisager les différences sociales ou biologiques entre hommes et femmes comme une question susceptible d’influencer leurs conceptions du monde qu’ils et elles observent, un monde spontanément regardé comme neutre du point de vue du sexe.
Des travaux d’histoire ou de philosophie féministes des sciences et du savoir s’interrogent pourtant depuis plusieurs décennies sur le point de vue situé des scientifiques lorsqu’ils et elles omettent de prendre en compte les différences de sexe et les hiérarchies de genre dans la construction de leur problématique relative à l’humain et plus généralement au vivant. Des critiques internes émanant notamment de chercheuses en biologie évolutive ou en neurosciences commencent à s’exprimer dans le même sens. L’ensemble de ces critiques visent à dénoncer la suprématie du « masculin neutre » dans les sciences, qui se traduit fréquemment par des généralisations abusives qui font du cas femelle ou féminin la situation particulière d’un cas masculin érigé en référent général. Une réflexion systématique sur les raisons et les modalités de cette préférence pour la variante masculine des objets biologiques ou physiologiques d’investigation pourrait accompagner une analyse des formes plus ou moins fines de leur translation ultérieure aux spécificités des femmes, des enfants ou des personnes âgées. De même, il importe d’interroger, à l’éclairage du genre, les méthodes et outils dominants des recherches en sciences médicales, de la vie, ou en santé publique, notamment la conception des modèles d’expérimentation animale, des essais cliniques ou des suivis de cohortes de long terme.
La prise en compte du genre dans la construction de ces recherches doit ainsi être regardée comme une urgence pour contrecarrer les risques d’erreur ou d’omission qui peuvent conduire à la minorisation de problèmes spécifiques à l’un ou l’autre sexe, en médecine, en politique de l’environnement, en innovation technologique. Par exemple, on sait depuis peu que les maladies cardiaques des femmes sont sous-évaluées du fait que leurs symptômes ne sont pas les mêmes que ceux des hommes. On sait moins que des maladies réputées féminines, comme l’ostéoporose, touchent aussi les hommes mais sont moins bien diagnostiquées dans leur cas. Et on oublie le plus souvent de prendre en compte les différences biologiques, par exemple de taille ou de poids, au sein même de chaque catégorie de sexe, faisant de l’homme blanc moyen le standard de l’être humain.
Les technologies, qu’elles soient médicales, d’information et de communication, domestiques, liées à la production de biens économiques, sont traversées par des logiques de genre au moment de leur conception (prise en compte ou non du sexe de l’usager.e ; influence de la place des concepteurs dans la division sexuelle du travail).
Cet axe est donc destiné à initier et fédérer des recherches interdisciplinaires instaurant des coopérations entre les sciences humaines et sociales et les sciences de la vie, ou les sciences chimiques, ou les sciences de l’ingénierie ou encore les sciences de l’écologie et de l’environnement. Certaines questions urgentes suggèrent en outre une triple articulation disciplinaire, comme par exemple celle de l’impact de l’environnement, de technologies agricoles ou énergétiques, et des innovations en sciences chimiques sur la santé des hommes et des femmes.