Axe 9 : Corps, santé, sport

Les problématiques relatives au corps et à la santé sont depuis longtemps traversées par la question du genre. L’articulation sexe/genre intéresse à la fois la définition biologique du corps, la demande de soins, les politiques de santé et les technologies médicales. L’étude des relations entre sciences, corps et santé a d’ailleurs joué un rôle capital dans l’émergence du concept de genre et reste un enjeu essentiel de recherche.
Les travaux en histoire des sciences et de la médecine ou les réflexions philosophiques sur la biopolitique et la place des technologies dans l’évolution de la médecine montrent que les différences de sexe font partie intégrante des représentations savantes et profanes du corps.
Parmi les thématiques majeures de cet axe, soulignons celle de la médecine de la reproduction. Du fait des travaux récents sur le traitement médical des frontières entre masculin et féminin dans la distinction entre sexe et genre, l’exploration des normes, des pratiques, des formes de régulation de la santé reproductive (par l’expertise professionnelle, par le droit ou encore par l’économie) représente une dimension privilégiée des études de genre. Elle mérite d’être amplifiée au moins à deux titres : d’une part parce que l’ordre reproductif a connu de profondes évolutions au cours des dernières décennies, évolutions qui ne se limitent pas aux sociétés d’Europe ou d’Amérique du Nord ; d’autre part, parce qu’en dépit des changements techniques et des nouvelles pratiques, l’encadrement social de la santé reproductive reste un point de passage obligé de la construction des rapports de genre.
Un second thème est celui des pathologies selon le sexe. Les travaux épidémiologiques, historiques et anthropologiques récents, par exemple sur les cancers dits féminins ou dans le domaine de la santé mentale, leur changement d’incidence et de prise en charge, montrent tout l’intérêt qu’il y a à ne pas considérer cet état de fait comme une simple conséquence de la biologie mais comme un fait social complexe. Une seconde dimension de la maladie genrée est la question, cruciale, des affections liées au travail, rémunéré ou non. Les risques professionnels doivent en effet s’envisager au regard de la division sexuelle du travail.
Il conviendra également d’amplifier les travaux sur le vieillissement. Outre les mécanismes, biologiques et sociaux, amenant à des sex ratio fortement déséquilibrés aux plus grands âges, les dispositifs mis en œuvre pour leur prise en charge constituent un chantier d’envergure pour les études de genre. Plus généralement, c’est l’ensemble des activités professionnelles et profanes, publiques ou privées, de prise en charge des questions sanitaires liées au vieillissement dont cet axe doit souligner les enjeux sexués.
La place de plus en plus visible du corps dans la société se traduit aussi par une attention nouvelle des sciences sociales pour les activités sportives. En effet le sport est un domaine où la sexuation des corps, des postures et des hiérarchies symboliques ou économiques est particulièrement prégnante.
Enfin, par une analyse critique des politiques intervenant dans la définition même de la dimension biologique du corps et de l’état de santé, biopolitiques, politiques environnementales, choix éthiques concernant la procréation ou l’utilisation de cellules, doivent être examinés sous l’angle du genre, dans la mesure où la définition contemporaine du corps et de l’état de santé dépend aujourd’hui d’artefacts technologiques (appareillages d’investigation ; prothèses ; médicaments).