Axe 8 : Religions, croyances, sécularisation et laïcités

Dans les recherches concernant le religieux, les croyances, les laïcités et la sécularisation, le genre occupe une place centrale qu’il convient de mieux définir et explorer. Dans le monde contemporain, la question des rapports femmes/hommes et celle des sexualités constituent des enjeux cruciaux, souvent particulièrement conflictuels. À partir de ces questions, se dessinent les contours de positionnements religieux différenciés, y compris dans les sociétés laïques ou sécularisées. Dans le discours et les pratiques religieuses, le genre apparait comme le fruit et comme l’outil de certaines formes de différenciation et de hiérarchisation des sexes et des sexualités. Il y est exprimé à travers des dogmes, des croyances, des symbolisations et des rituels. Les religions édictent des normes de genre et privilégient des formes de féminités et de masculinités. Le genre est un élément structurel des relations sociales dans différents univers de croyances, donnant lieu à des formes de regroupement, d’institutionnalisations confessionnelles très diverses, tout autant qu’à des rapports de forces politique, sociaux, culturels multiples.
La variable religieuse peut être appréhendée d’un point de vue individuel et subjectif. Il s’agit aussi d’étudier les implications du religieux dans l’espace public. Enfin, les questions religieuses sont au centre des définitions politiques de la dichotomie privé/public. De tous ces points de vue, privé et public, individuel et collectif, les rapports entre genre et religion s’avèrent indispensables pour comprendre les débats qui traversent le monde contemporain sur la place du religieux et sur la sécularisation et les laïcités.
La question des normes religieuses et des croyances est à aborder sous l’angle de leur cohérence interne (symbolique, théologique, juridique…) et dans leur visée de gouvernance des corps et des sexualités. Face aux mutations de genre, ces normes connaissent des adaptations, accompagnant souvent des processus de sécularisation interne, ou, au contraire, des réponses fondamentalistes porteuses d’une normativité de genre inégalitaire. On s’interrogera en particulier sur la politisation accrue des formes stéréotypées et hiérarchisées de virilité et de féminité au sein des mouvements fondamentalistes ou intégristes, des courants religieux identitaires ou encore au sein d’autres univers de croyances prônant explicitement la domination masculine comme mode de pensée, de ritualisation et modèle sociétal.
Certaines mutations religieuses s’accompagnent de ferments égalitaires. Ainsi l’accès des femmes à l’autorité religieuse, l’émergence de courants religieux LGBTQI, les relectures théologiques féministes et inclusives, les associations cultuelles contestataires d’un ordre des sexes et des sexualités inégalitaires doivent-elles être étudiées. Il conviendra aussi d’étudier les productions culturelles, littéraires, artistiques qui, à partir des symboliques genrées d’inspiration religieuse, retravaillent ces héritages, et accompagnent ou expriment des processus de sécularisation, par exemple en désacralisant le corps représenté ou en recourant à la satire.
La question du genre est également centrale dans les débats et les antagonismes existant entre différents courants qui se réclament de la laïcité et de la sécularisation. Elle est d’autant plus vive qu’elle y entre en résonnance avec la pluralisation religieuse que connaissent les sociétés contemporaines, la montée en puissance des fondamentalismes ou encore la centralité croissante des questions identitaires dans les débats publics. On analysera quelle place le genre occupe dans ces polémiques et de quelle manière il oriente les différentes approches du fait religieux, des laïcités et de la sécularisation qui divisent aussi les courants et mouvements féministes.