Axe 7 : Reproduction, familles, parenté

Depuis quelques décennies, la sociologie, l’anthropologie et l’histoire de la famille et de la parenté ont placé le genre au centre de leur approche et déplacé ainsi une série de problématiques classiques liées à l’alliance et à la filiation. Les études sur la famille et la parenté connaissent aujourd’hui un nouvel essor notamment parce qu’elles sont requises pour analyser les bouleversements de la famille contemporaine ainsi que les reconfigurations de genre qui les accompagnent, à l’œuvre dans de très nombreuses sociétés humaines.
Les enquêtes contemporaines portent sur les formes familiales et les différentes manières de « faire famille ». « Faire famille » ne s’entend pas seulement entre individus liés biologiquement, ni comme le simple rapport entre parents et enfants. Toutes les formes de famille sont concernées, tout comme toutes les formes de parentalités (mono-parentalité, multi-parentalité, co-parentalité, homo-parentalité, trans-parentalité). La recherche actuelle aborde des thèmes comme les modalités familiales de socialisation des garçons et des filles, les modes de partage sexué des tâches domestiques, le vécu de la paternité et de la maternité, l’évolution de la parentalité et de la grand’parentalité, les relations au sein des fratries/sorories, les formes spécifiquement conjugales et familiales de la violence (sexuelle et non sexuelle), ou encore l’étude de l’ensemble des rituels qui révèlent le rôle de la famille dans la construction de l’identité sexuée de l’individu, de la naissance à la mort.
Le genre est une clef de lecture essentielle pour aborder les formes historiques de formation et de vie de couple, ainsi que les formes prises dans les sociétés les plus diverses où le couple n’est pas toujours l’entité de base de la famille. De même pour l’étude des formes contemporaines de liens entre adultes (vie dans deux foyers distincts, séparation, divorce, recomposition etc.). Ces formes nouvelles de lien conjugal et/ou amoureux accompagnent-elles de nouvelles aspirations, de nouveaux partages, de nouvelles conceptions du genre ? Comment s’opèrent, et sur quels critères (sexe, orientation sexuelle, âge, croyance, origine sociale etc.) la formation des couples et les choix de contrat amoureux et/ou conjugal ? De quelle manière le droit, les politiques publiques, les conditions économiques, les mouvements de population et les migrations contribuent-ils à cet ensemble de reconfigurations ?
Les métamorphoses de la filiation sont au cœur des études liant les pratiques sociales du corps à celles de l’institution, par exemple dans les cas d’Assistance Médicale à la Procréation (don, gestation pour autrui). De même pour les études portant sur les liens filiatifs institués de droit ou de fait (adoption, fosterage). Le choix du patronyme, le rôle des ressemblances physiques perçues, les transmissions de biens symboliques ou matériels, la passation de patrimoines, sont autant d’éléments de la filiation qui peuvent être appréhendés à partir du genre de celui/celle qui transmet ou qui reçoit. On s’interroge également aujourd’hui sur les processus d’affiliation qui, via la filiation, lient à un groupe social, religieux ou politique particulier, par exemple, le rapport entre genre, filiation, citoyenneté et nationalité. De nouveau, le rôle du droit, des pratiques judiciaires, des politiques publiques éducatives ou sanitaires, des conditions économiques sont analysés pour comprendre les métamorphoses de la filiation. Une attention particulière devrait être portée aux circulations internationales des normes juridiques et des pratiques sociales nouvelles.