Axe 6 : Sexualités, LGBT

Si l’approche des sexualités et les études LGBT sont aujourd’hui une des principales entrées du genre, c’est que la sexualité se déploie dans tout l’espace social, comme institution de hiérarchisation des sexes et des sexualités, comme enjeu de mobilisations sociales et politiques productrices d’identifications et de nouvelles normativités, comme expérience, parcours individuel, et ensemble de pratiques structurant le genre au fil de la vie. La sexualité est un espace où les rapports de genre se construisent et se matérialisent, faisant advenir des partenaires inégaux et des représentations asymétriques du masculin et du féminin. L’asymétrie entre le masculin et le féminin dans l’hétérosexualité est homologue de l’asymétrie durable entre hétérosexualité et homosexualité, qui se manifeste par des hiérarchies au sein des masculinités et des féminités, hégémoniques ou subordonnées, en permanente recomposition. C’est cette double asymétrie qui constitue ce que l’on nomme l’hétéronormativité. De nombreux travaux récents de jeunes chercheur-e-s, et notamment des thèses, inscrites dans les disciplines les plus diverses (histoire, géographie, sociologie, anthropologie, droit, science politique, études littéraires, santé publique, arts plastiques, études cinématographiques…), ont renouvelé les interrogations sur la production de l’hétéronormativité, souvent interrogée du point de vue de ses marges, et ils ont abordé toutes les formes de sa mise en cause.
L’expérience transidentitaire, comprise dans les approches LGBT, est certes moins axée sur la question de la sexualité dont elle s’est historiquement démarquée, mais elle constitue cependant un espace de questionnement essentiel des études de genre contemporaines. Elle interroge en effet la partition classique féminin/masculin et homme/femme en posant frontalement la question des possibilités sociales et culturelles de sa mobilité individuelle et de sa fluidité éventuelle. Elle amène aussi à prendre en considération une autre partition hiérarchisée, celle qui prévaut entre personnes cisgenres et transgenres et constitue ainsi un élargissement des problématiques de genre. Là encore il s’agit d’un champ en plein développement qui mobilise une pluralité de disciplines et qui s’ouvre également à la problématique intersexe.
Mettre en lumière, dans le champ des sexualités, les rapports de pouvoir et de domination, les normes, leur influence et les contestations dont elles font l’objet implique que soit également analysé le rôle des institutions et des contre-pouvoirs que suscite leur existence même du point de vue de l’encadrement, de la régulation et du contrôle des rôles, des pratiques et des comportements en matière de sexualité. Ces différentes approches doivent bien sûr prendre en compte les discours, les représentations et les pratiques corporelles habituellement considérés par les recherches menées en sciences humaines et sociales dans le champ des sexualités. Elles peuvent aussi contribuer au décloisonnement du champ des sexualités et de celui des affects. Considérer les affects et replacer les pratiques de la sexualité dans une économie générale des relations entre les personnes est indispensable pour comprendre la diversité et la complexité de l’expérience et des parcours.