Axe 4 : Travail, production, échanges

Les problématiques économiques sont encore peu présentes dans les recherches sur le genre en France, contrairement à ce qui se passe dans la plupart des autres pays européens, en particulier en Grande-Bretagne et en Europe du nord. Pourtant, les échanges de biens et de services – marchands et non marchands – plus ou moins volontaires ou plus ou moins contraints, sont à la base des rapports de genre et les structurent, que ce soit dans la sphère familiale ou sur les marchés, en particulier le marché du travail. Inversement, la logique du genre, de façon parfois plus diffuse et souterraine, traverse l’ensemble des échanges et des activités économiques d’une société. La répartition sexuée des tâches a été bien documentée par les sociologues et anthropologues. La question du travail des femmes a d’emblée été posée comme centrale dans les recherches sur le genre en France, en particulier par les sociologues, qui se sont penché-e-s, entre autres, sur les inégalités entre les types de salaire, de carrière, de statut, et sur le temps partiel. Des économistes et des gestionnaires ont également travaillé sur ces questions, mais il reste beaucoup à faire. Il faut décrire les mécanismes précis à l’œuvre dans les entreprises et sur le marché du travail pour expliquer le phénomène du « plafond de verre ». Il faut identifier les moments et les raisons pour lesquelles les carrières des femmes se trouvent ralenties par rapport à celles des hommes, et les mécanismes qui sont à l’origine du « choix » du temps partiel. Comment réduire encore les inégalités de salaire, les inégalités dans la participation au marché du travail et plus généralement les inégalités dans la sphère de la production ? Il faut également poursuivre l’analyse de ce qui se passe en amont du marché du travail, dans le système éducatif, comme l’orientation scolaire genrée. Il s’agit là d’exemples. Ces questions, et bien d’autres, restent ouvertes pour des recherches futures. Il s’agit d’éclaircir les mécanismes par lesquels le travail, la production, les échanges, les usages de l’argent et les significations qui lui sont attachées continuent à soutenir une stricte distinction des sexes et les inégalités de genre.
Il est clair que, parmi les réponses à ces questions, un certain nombre, essentielles, passent par la sphère privée et par la famille, en particulier par la famille en tant que productrice de biens, de services et … d’enfants. De manière paradoxale, la participation désormais massive des femmes au marché du travail ne s’est guère accompagnée d’une redéfinition des rôles de genre au sein de la famille. S’il est un domaine où les normes sociales de genre semblent n’évoluer que très peu, ou très lentement, c’est bien celui du partage du travail domestique et du temps consacré aux enfants. Pourquoi ces résistances ? Comment, pourquoi, et où certaines évolutions se font-elles jour néanmoins ? Là encore, ces questions sont largement ouvertes.
Toutes les questions évoquées ci-dessus peuvent être envisagées sous différents aspects, selon les contextes nationaux, géographiques, économiques, politiques, sociaux et culturels. Selon le contexte dans lequel la question des échanges, de la production et du travail est analysée, des éclairages tout à fait complémentaires peuvent contribuer à renouveler ce champ d’étude. Par ailleurs, l’internationalisation des échanges implique bien entendu des évolutions qui, là aussi, ont des effets sur la question du genre, notamment, mais pas exclusivement, à travers la division du travail domestique et de soins aux enfants entre des femmes privilégiées économiquement et des migrantes. Existe-t-il des régularités, et comment en mettre en lumière les différents aspects (positifs ou négatifs) ? De même, la prise en compte explicite de la question du genre dans l’analyse du développement économique, ses potentialités comme ses possibles dérives, représente un domaine de recherche prometteur.