Axe 3 : Territorialités, mobilités, mondialisation

Le genre et les sexualités sont présents partout et tout le temps, dans les discours et les actes, les pratiques et les subjectivités. Pourtant on sait peu de choses sur la manière dont se négocie et se détermine la place de chacune et de chacun dans l’espace et sur la prise en compte de la diversité et de l’altérité dans la fabrique des villes, des banlieues, de la ruralité, et des territoires en général.
La question de l’accès à la ville interpelle de manière inédite les pouvoirs publics. La ville, dense et diverse, est porteuse de valeurs d’urbanité et de citadinité comme l’émancipation, la liberté, la rencontre avec l’altérité, la modernité. L’espace public des villes occidentales devrait être l’incarnation du vivre-ensemble. Or beaucoup d’études mettent en avant la grande vulnérabilité des femmes et des populations homosexuelles, bousculant les idées reçues quant à l’égalité des chances en matière de droit à la cité. Cela signifie que l’espace public est un construit social et les relations sociales qui le structurent participent encore au renforcement des représentations sexuées des territoires. La ville reste définie par les pouvoirs publics en disjonction totale des différenciations genrées, conduisant beaucoup de spécialistes à rejeter la pertinence conceptuelle, culturellement masculine, des théories urbaines. La question posée à l’aménagement et à l’urbanisme est celle d’une meilleure mise en œuvre de la justice spatiale pour l’ensemble des usagers et des usagères des villes. Une interrogation sur les communautés urbaines ou périurbaines, leur territorialisation et les rapports de sexe qui les traversent a également toute sa place dans cet axe.
A l’échelle macro, les bouleversements qui accompagnent la mondialisation, notamment les redéfinitions des rapports marchands/non marchands et la mise en mobilité, se traduisent par une implication de plus en plus grande des femmes dans différentes formes de circulation. Pourtant les lectures de la mondialisation, conjuguées au masculin, continuent de porter leur attention à l’intégration fonctionnelle des activités économiques qui fige l’organisation des espaces mondiaux dans des visions binaires de rapport de pouvoir où le centre domine la périphérie, la métropole la petite ville, où l’espace public prend le pas sur l’espace privé, le nord sur le sud, les activités hautement qualifiées sur les activités à bas salaires. Les effets de la féminisation de la migration de travail sont certes ambivalents mais ils bouleversent la donne à la fois par la transformation des systèmes de contrainte et de hiérarchisation et aussi de reconnaissance d’inventivités et de capabilité. Cette dynamique globale de féminisation des mobilités interroge également les échelles d’analyse pertinentes pour comprendre les évolutions en cours, du transnational et des territorialités mondiales en réseaux aux échelles locales et micro-locales et aux espaces virtuels animées et fréquentés par les femmes migrantes. De même, les bouleversements géopolitiques, à l’origine de flux migratoires intenses, amènent à réinterroger la notion de lieu, d’échelle, de frontière, comme celle d’identité. Là encore, des représentations sexuées sont à l’œuvre, qu’il faut mettre au jour et questionner.
Spatialiser le genre et les sexualités, c’est dire combien les lieux comptent et interviennent à toutes les échelles dans la construction des identités genrées et l’évolution des rapports sociaux de sexe. C’est aussi réinterroger les discours dominants sur la mondialisation et en particulier sur ses conséquences. L’hypothèse forte est que, du point de vue du genre et des sexualités, l’homogénéisation des modes de vie est loin d’être une réalité. Il a pour ambition de donner à voir à la fois les inégalités socio-territoriales et les violences qui continuent à toucher les populations en position de minorité et les capacités de ces populations à négocier un rôle dans les villes et les espaces publics par la mise en œuvre de stratégie de contournement de l’ordre implicite établi. Cet axe est ainsi porteur d’une approche où les espace-temps seraient lus en dehors des catégories duales comme le local/le global, l’ici/l’ailleurs, la périphérie/le centre, l’intérieur/l’extérieur, le privé/le public.