Axe 2 : Pouvoirs, politiques, égalité

L’égalité a longtemps été pensée par les féministes dans sa tension avec l’idée de différence. Elle a plus récemment suscité des débats sur la nécessité de dépasser un « paradigme distributif », référant l’égalité à un principe d’équivalence, et/ou ramenant le juste à la proportion, c’est-à-dire qui envisage l’égalité et la justice comme une distribution de biens entre les individus. Elle a également connu en France des ordonnancements politiques et juridiques sous une forme numérique, sous le nom de parité.
Aujourd’hui, dans le débat public, la notion d’égalité de droits ou des conditions juridiques revient avec force, tandis que l’idée d’égalité de genre suscite des réactions virulentes dans l’espace public et que le retour, depuis la crise de 2008, de critiques radicales du capitalisme s’accompagne de réflexions sur l’égalité sociale.
Face à ces nouvelles tendances il s’agit dans cet axe de remettre sur le métier l’idée d’égalité dans les usages théoriques dont elle est l’objet, d’analyser les grammaires politiques qui l’invoquent, d’observer ses mises en œuvre juridiques. On enquête sur ce que pourrait être l’égalité entre les hommes et les femmes et entre les sexualités, dans la famille, l’entreprise, la communauté politique, les espaces publics, l’école ou encore à l’échelle globale. On interroge aussi la fécondité de l’idée d’égalité des ressources, qui peut inclure des aspects de statut social, on analyse la notion d’égalité des opportunités ou des capabilités, on investigue la nécessité de conférer ou non une place privilégiée à l’égalité des voix dans le processus politique. Il s’agit également de repenser l’égalité à partir du constat, désormais généralisé, de l’intersection des axes de domination et d’inégalité, tels que le genre, la classe, la « race », l’âge, l’aptitude physique, etc.
Par ailleurs, les luttes féministes ont remis en cause la catégorie du politique, en questionnant les limites de la sphère privée, et en introduisant des problématiques jusque-là considérées comme illégitimes. Certains travaux s’emploient à faire l’historique de cette recomposition, d’autres questionnent ce que le genre continue de faire au politique et à la politique aujourd’hui. Ils critiquent par exemple les catégories et les logiques implicites de l’intervention étatique et sociale ; ils explorent également la manière dont les politiques sociales fabriquent, découpent, légitiment, les genres. A l’inverse, des recherches portent sur les contraintes qu’exerce le politique, dans sa conception et son exercice traditionnels, sur le genre en tant qu’objet de discours, de mobilisation, de revendication. Elles analysent les attentes qui pèsent sur les femmes dans le champ politique (institutionnel ou militant), ou les conditions de mobilisation des identités genrées en politique. Elles interrogent encore la pertinence de la notion d’empowerment, les conditions de l’apparition et de la perception d’une « voix » des femmes, ou encore la manière dont le genre affecte la citoyenneté.