Axe 12 : Médias et publics

La question du genre fait son apparition dans le champ de l’étude des médias sous l’égide d’approches constructivistes, nettement éloignées des théories béhavioristes et fonctionnalistes qui ont participé de la constitution de la « communication de masse » en objet scientifique. Les travaux qui proposent d’appréhender les médias au prisme du genre interrogent notamment le rôle actif joué par les représentations médiatiques dans la (re)production des identités de genre. Les structures narratives des fictions télévisuelles ou cinématographiques sont par exemple disséquées, à partir de corpus étudiés selon une démarche socio-historique, sémiotique ou relevant de l’analyse de discours, afin de rendre compte des mécanismes de formation et transformation des stéréotypes et contre-stéréotypes de genre. L’image du binarisme sexué asymétrique que renvoient les médias n’est conçue ni comme un simple « reflet » du monde social et de ses dynamiques de transformation, ni comme le produit d’« intérêts » qui s’exprimeraient directement via les moyens de communication. Les représentations médiatiques sont plutôt saisies comme performatives – générant des mondes sociaux possibles et des modèles d’identification – et caractérisées par une certaine ambivalence.
Ce caractère ambivalent des représentations implique, si l’on veut rendre compte de leur niveau d’effectivité, d’étudier l’activité interprétative des publics et la relation qu’ils entretiennent avec les contenus médiatiques. De nombreuses recherches ont ainsi mis au jour des modes d’appropriation différenciés selon la position des publics au sein des rapports de genre, ainsi que de classe et de race. Elles se sont intéressées aux modes de consommation des médias, aux expériences de socialisation qu’ils soutiennent, ainsi qu’aux usages des technologies d’information et de communication (TIC). Le développement durant la dernière décennie des pratiques numériques et d’un discours d’accompagnement incitant à la participation des publics a suscité de nombreuses interrogations : d’abord quant à une possible « fracture numérique » selon le sexe ; ensuite quant aux jeux d’identifications et de dés-identifications complexes dans lesquels s’engagent les internautes face à des dispositifs numériques qui reproduisent des normes de genre ; enfin, quant aux caractéristiques communes entre le travail domestique et l’exploitation du travail des publics en ligne (le « digital labor ») sur les blogs ou les réseaux socio-numériques.
D’autres recherches portent sur la division sexuée du travail au sein des industries culturelles. Au travers d’enquêtes sociologiques ou ethnographiques, elles interrogent la position qu’occupent les femmes dans les rédactions de presse, dans les sociétés de production ou sur les plateaux de tournage, et donnent à voir une forte spécialisation genrée des activités qui coïncide souvent à la destination des contenus tels que les acteurs médiatiques l’envisagent : par exemple, dans le domaine du journalisme, aux hommes l’information généraliste, aux femmes l’information spécialisée ou le divertissement. S’agissant de la mise en forme journalistique de l’information, la médiatisation des débats publics relatifs à la parité, au Pacs ou à l’ouverture du mariage aux couples de personnes de même sexe a suscité, dans le contexte français, un regain d’intérêt pour la question des controverses, du cadrage médiatique et des différentiels d’accès à la sphère publique. Ces questionnements renouvellent des interrogations déjà anciennes relatives à la dimension genrée des stratégies de communication du personnel politique, ainsi qu’à la distribution de la légitimité dans les médias.