Axe 11 : Violences, conflits, engagements

Le rapport à la violence est historiquement mobilisé pour définir les normes de genre. Des stéréotypes divins opposant Mars à Vénus au renvoi à la nature, les violences seraient structurantes des rapports entre hommes et femmes selon le modèle des femmes donnant la vie et les hommes la mort.
La violence peut être envisagée dans sa dimension collective et multiforme qu’il s’agisse des guerres, des génocides ou d’autres formes de conflits. Outil de pouvoir, outil politique, outil légal ou pensé comme légitime par celles et ceux qui y recourent, la violence met en jeu les identités de genre féminines et masculines. Elle suscite une transgression de normes sociales et de genre qui répond à l’état de guerre et/ou d’occupation, mais également à des formes autoritaires de domination, en système colonial, en dictature mais parfois aussi en régime démocratique. Il s’agit donc d’explorer les répercussions les contextes violents sur le genre au sein des communautés qui y sont confrontées.
Si la frontière bourreau/victime demeure tranchante, elle ne saurait, ni se superposer à la frontière de genre, ni englober tous les acteurs. Le modèle militaro-viril a non seulement été construit, mais le « guerrier », qu’il soit soldat, franc-tireur ou militant, est à envisager différemment selon les époques mais aussi les conditions techniques de l’affrontement. Les formes et les gestes de la violence sont également genrés en ce qu’ils distinguent femmes et hommes, telles les violences sexuelles dont les femmes sont très majoritairement les cibles, ou à l’inverse le bombardement aérien ou la chambre à gaz. On sait d’ailleurs peu de choses des femmes actrices de la violence, ou inversement de celles et ceux qui se tiennent hors de l’affrontement, voire le contestent par refus de la violence. Les recherches dans cette direction sont encouragées.
Enfin, ces moments de violence, quelle que soit leur durée, marquent par leur intensité durablement les sociétés et les individus qui les vivent. Il serait opportun d’étudier du point de vue du genre, les traces laissées par ces accès de violence, la manière dont les hommes et les femmes vivent et réparent le vivre-ensemble après la violence. Comment le genre se manifeste-t-il, se reproduit-il et se transforme-t-il dans les expériences individuelles et collectives des deuils, des blessures, des traumatismes, dans la construction des mémoires et des silences ? On explorera également les effets sur le genre du recours, depuis le milieu du XXe siècle, perçu comme nécessaire pour le retour à la paix, à la justice et en particulier à la justice internationale.
La violence peut également être explorée dans sa forme intersubjective, dans ses dimensions interpersonnelles, notamment pour répondre aux besoins de connaissances exprimés par les instances internationales, les pouvoirs publics ou les associations, mais aussi pour éclairer les rapports sociaux de sexe.