Axe 10 : Éducation, socialisation, formation

Les effets du genre sur la socialisation ont été l’objet de nombreux travaux en sciences humaines et sociales depuis une trentaine d’années. Plusieurs axes de recherche se sont développés, observant les processus de socialisation de genre à l’œuvre dans le couple et la famille (axe 8), au travail (axe 5), dans la politique (axe 2), via les pratiques sexuelles (axe 7) ou les pratiques sportives (axe 10). Le système scolaire, de l’école maternelle à l’université, institution clé dans la fabrication de l’ordre du genre, a été largement exploré, par la sociologie, l’histoire, la psychologie et plus largement par les sciences de l’éducation.
Ces travaux ont mis en évidence les inégalités d’éducation, avantageuse pour les filles en termes d’apprentissage et d’acquisition des compétences, en faveur des garçons pour ce qui relève des choix d’orientation scolaire et professionnelle. Les politiques publiques, qui ont fait de l’éducation et de l’école un des leviers principaux pour combattre les inégalités entre les groupes de sexe, ont misé dans les années 1980 sur la diversification de l’orientation scolaire et professionnelle des filles puis dans les années 2000 sur une éducation à l’égalité mieux partagée entre filles et garçons. Toutefois, le bilan de ces politiques reste décevant, ce qui souligne le fort enjeu politique et social que constituent les études sur les processus de socialisation de genre.
Des recherches plus récentes menées en sociologie et sciences de l’éducation montrent que loin d’être seulement affaire de stéréotypes, les inégalités sont également produites par les interactions multiples qui se jouent à l’intérieur des établissements et des salles de classes, entre élèves, entre professeur.es et élèves, entre professeur.es et parents, et qui au quotidien font et défont le genre. L’analyse des processus psycho-sociaux qui construisent l’identité sexuée, du rapport au genre que les individu.es construisent aux différents moments de leur vie, en intégrant des données comme l’affect par exemple, devrait ainsi mener à affiner la compréhension des trajectoires scolaires, plus seulement examinées sous l’angle de la domination. Le point de vue du sujet apprenant sur les inégalités des sexes peut être mieux pris en compte dans les analyses portant sur les dynamiques à l’œuvre dans le cadre de la mixité scolaire. De même, l’enjeu que constitue la formation aux problématiques de genre des professionnel.les de l’éducation doit ici être souligné. A cet égard, les résistances formulées invitent à s’interroger sur les transformations induites par l’approche de genre, sur la culture professionnelle, la relation pédagogique et le rapport au métier d’enseignant.e.
Ces questionnements peuvent irriguer la recherche en histoire de l’éducation, avec des études portant sur les pratiques de celles et ceux qui acquièrent savoirs et savoir-faire, en interaction avec les personnels d’éducation et leur propre représentation des rapports de sexes, et, en différents contextes sociaux, nationaux, en cerner les évolutions sur la durée. Elargir l’attention aux pratiques d’éducation non institutionnelles, en période d’exclusion des femmes des savoirs par exemple (autodidaxie), devrait enrichir les analyses sur les expériences individuelles d’apprentissage. Plus largement, les travaux conduits en psychologie sur la construction des identités de genre tout au long de la vie invitent à mieux prendre en compte les temporalités à l’échelle des individu.es, en portant le regard en amont de l’enfance et de l’adolescence, dans les lieux d’accueil de la petite enfance, et en aval, quand se joue à l’âge adulte les nécessaires réadaptations à un marché du travail en constante recomposition. Les tensions entre les espaces privé et professionnel que l’accès des femmes à la formation continue suscite restent à explorer, par l’histoire comme par la sociologie.