Axe 1 : Épistémologie, méthodologie et diffusion des savoirs sur le genre

Les savoirs sur le genre ont formidablement progressé depuis l’appropriation et la ré-inflexion, par la pensée féministe, des premières théorisations du genre formulées dans la deuxième moitié du XXe siècle. Leur développement est tributaire d’une histoire intellectuelle, culturelle et politique complexe, qui reste encore pour une part à écrire. Si l’épistémologie et les théories du genre (au pluriel) ont d’abord eu une genèse, une diffusion et un développement occidentaux, elles se sont depuis lors enrichies, complexifiées et infléchies au contact, d’une part, de contextes politiques et culturels non occidentaux, d’autre part, au contact d’autres champs et modes d’analyse apparus au même moment ou peu après.
Il incombe donc, aujourd’hui, aux chercheuses et chercheurs dans ce domaine d’étudier les contextes culturels, intellectuels et politiques de production et de réception des théories et des savoirs sur le genre, leurs modes et leurs rythmes de circulation entre les aires culturelles et linguistiques, entre les espaces politiques, mais aussi entre les disciplines et à l’intérieur des disciplines. Il importe aussi d’analyser la manière dont ces théories et ces savoirs se renouvellent (ou non) et se reformulent à partir des contestations de leurs présupposés ou de leurs procédures émanant soit de l’intérieur de ce champ (pensée et théories « queer », féminismes black et « subalternes »), soit de l’extérieur : théories culturelles, études postcoloniales, mais aussi sciences cognitives, philosophie du langage, pragmatique et linguistique, nouvelles recherches en biologie, etc.
Un très grand nombre de pratiques sociales, culturelles et symboliques sont concernées ou traversées par la question du genre. Aussi l’élaboration de savoirs sur le genre requiert-elle la collaboration d’approches et de disciplines multiples. L’interdisciplinarité constitue donc à la fois un préalable théorique et un horizon des recherches dans ce domaine. Mais sa conception et sa mise en œuvre ne laissent pas de poser des problèmes méthodologiques multiples, qu’il convient de traiter.
Les développements importants en sociologie et en histoire des sciences ainsi qu’en philosophie des sciences ont permis, depuis une trentaine d’années, de préciser et d’enrichir considérablement le regard porté sur les rapports entre critiques féministes, théories du genre et développement des connaissances dans les domaines de la biologie, de la chimie, et, plus largement encore, des sciences expérimentales.
Dans le prolongement des épistémologies féministes du point de vue, dans celui de la critique des épistémologies situées, la mise en œuvre de méthodologies féministes ou queer permet[tra] de questionner la croyance dans l’objectivité des sciences. Elle permet[tra] aussi d’interroger la constitution des big data ou le rôle des systèmes d’information dans la production et la circulation des savoirs, que ces derniers se présentent comme théoriques ou empiriques. Ces recherches, à la croisée de différentes disciplines, contribuent à rendre plus complexes, plus riches et moins univoques les grands partages sur lesquels se construisent nombre de représentations genrées et sexuées : nature et culture ; nature et société ; naturalisme/constructivisme, etc.