PROGRAMME SCIENTIFIQUE 2016-2019

Les études sur les femmes, le genre et les sexualités connaissent aujourd’hui en France un essor remarquable, mais insuffisamment visible. Aux disciplines pionnières que furent au CNRS l’anthropologie, l’histoire et la sociologie, on doit associer la littérature, la philosophie, la psychologie, les sciences du langage, l’éthique, ainsi que, très nettement depuis quelques années, la science politique, les arts du spectacle, la géographie, l’économie, les sciences de l’information et de la communication, les sciences de l’éducation et le droit. L’ensemble de ces recherches constitue une part importante, à la fois riche et inventive, du paysage actuel de la recherche dans les sciences humaines et sociales. Cependant, la multiplicité et la diversité de ces recherches sont souvent portées par des structures encore fragiles, provisoires et insuffisamment reconnues. Celles-ci n’ont pas la cohérence nécessaire pour permettre le développement dans la durée et assurer le rayonnement international des études genre en France, malgré un intérêt et une demande importants de la part des acteurs et des publics.

La force, la lisibilité et le rayonnement de ces recherches se trouveront décisivement accrues par la mise en place d’une structure de coordination. Celle-ci doit rassembler les forces de la recherche dans ce domaine, de faciliter la circulation des projets et de favoriser une articulation cohérente et productive des travaux menés sur ces questions. Les recherches sur le genre en France sont encore peu unifiées et insuffisamment organisées du fait de la dispersion des chercheur.e.s. Elles souffrent d’un retard dans la diffusion, la reconnaissance scientifique, et le financement.

L’INSHS a donc décidé en 2011 de placer les études genre au premier rang de ses priorités, et d’agir en faveur d’un développement scientifique plus ambitieux des recherches sur le genre et notamment de certains axes jusqu’ici négligés au CNRS. Les travaux de qualité sur le genre abondent au CNRS, et en France, c’est sans doute dans ce cadre, et particulièrement en SHS, que les recherches sur le genre ont été accueillies et soutenues de la façon la plus favorable ces vingt dernières années. En témoignent un certain nombre de recrutements et de promotions de chercheuses et chercheurs, des opérations telles que le recensement national des recherches menées sur les femmes et/ou le genre par la Mission pour la places des femmes au CNRS, le GDR MAGE, ou le RTP Etudes Genre, le soutien à des revues reconnues, et l’installation durable de programmes sur le genre ou d’axes « genre » au sein d’une quinzaine d’unités importantes. Mais il n’existe pas à proprement parler de pôle de recherche sur le genre permettant d’articuler plusieurs unités et disciplines autour d’un tel objet.

Les études de genre ne sont pas une discipline mais un vaste champ de recherche. La question des constructions « genrées » et des rapports de sexe concerne toutes les pratiques, sociales et symboliques, et traverse tous les champs de pensée et de savoir. Son traitement requiert donc la collaboration de savoirs et de méthodologies multiples, et la mise en œuvre d’une interdisciplinarité large et concertée.

Encourager les recherches dans ce domaine aux interfaces des disciplines permet d’assurer une meilleure diffusion de celles-ci, mais aussi de mieux mesurer leur impact et leurs effets dans les champs disciplinaires. Aujourd’hui, c’est l’interaction entre disciplines SHS qui fait avancer les recherches, conceptuellement et concrètement, vers une meilleure compréhension des enjeux, tout en favorisant l’émergence de réflexions nouvelles et notamment l’interaction entre les SHS et les disciplines des autres secteurs scientifiques du CNRS, puissant facteur d’innovation et de légitimation.

Le CNRS doit être fédérateur et actif dans ce domaine, d’autant plus que le monde académique résiste dans l’ensemble au développement de formations et de réflexions sur ces questions, alors même que le domaine attire de plus en plus de jeunes chercheuses et chercheurs prometteurs, et invente constamment de nouvelles problématiques. Ces recherches, qui concernent toutes les disciplines au sein des SHS et au-delà, favorisent à leur tour l’émergence de nouvelles théorisations des inscriptions genrées et des rapports de sexe. Elles assurent la vitalité et le renouvellement de ce champ.

Une telle ambition rend nécessaire la création de nouveaux modes de collaboration entre les établissements, les unités liées au CNRS et les réseaux et équipes déjà existantes. Le GIS combine ainsi un ensemble d’unités CNRS fortement impliquées dans le genre, et un réseau d’unités et de chercheuses/chercheurs plus large. De cette manière, l’implication du CNRS permet, mieux que tout autre dispositif, de faire fructifier un héritage déjà considérable et des mobilisations scientifiques déjà anciennes en son sein et sur l’ensemble du territoire, tout en contribuant à l’institutionnalisation nécessaire de ce domaine de recherche.