S’engager en parentalité et créer son activité. L’entreprise paradoxale des Mompreneurs (2008-2014)

Soutenance de thèse

Publié le 2 novembre 2015 par Equipe GIS IdG

S’engager en parentalité et créer son activité. L’entreprise paradoxale des Mompreneurs (2008-2014).

Préparée sous la direction de :
- Bénédicte ZIMMERMANN

La soutenance se tiendra le jeudi 12 novembre 2015 à 9h à l’EHESS, en salle M. et D. Lombard, 96 boulevard Raspail 75006 Paris.

Le jury sera composé de :

  • Laure BERENI, Chargée de recherches CNRS,
  • Paul BOUFFARTIGUE, Directeur de recherches CNRS - Rapporteur
  • Dominique MÉDA, Professeure des Universités - Rapporteure
  • Ariane PAILHÉ, Directrice de recherches à l’INED
  • Bénédicte ZIMMERMANN, Directrice d’études à l’EHESS

Résumé

Cette thèse porte sur la création d’activité indépendante chez les femmes, et se demande dans quelle mesure elle favorise la combinaison des engagements professionnels et familiaux d’une part, et la reconfiguration du genre d’autre part. Les Mompreneurs ont permis de mettre à l’épreuve cette problématique : regroupées dans des collectifs apparus en 2008 en France, ces femmes se présentent comme d’anciennes salariées, régulièrement cadres, qui créent lors d’une grossesse une activité indépendante.

À partir d’un terrain déployant trois méthodes d’enquête dans l’un des collectifs de Mompreneurs en France (une enquête ethnographique online et offline de trois ans, une enquête par questionnaire et 55 entretiens par récit de vie) et d’un terrain secondaire constitué d’entretiens auprès d’acteurs.trices de l’espace de la cause des femmes dirigeantes économiques, trois axes délivrent les résultats de cette thèse. En examinant d’abord les politiques publiques dédiées à la création d’entreprise, la mise en identité du groupe social des Mompreneurs, et les caractéristiques de ses membres, se dévoile le mirage de la démocratisation de l’initiative économique individuelle. Dans le cas des Mompreneurs, elle concerne des femmes inégalement mais globalement favorisées, qui créent principalement des activités économiques de petite envergure. Le deuxième temps révèle qu’après une altération des liens au salariat qui est décorrélée du devenir mère, les Mompreneurs s’inscrivent dans une entreprise professionnelle plus identitaire qu’économique, qui leur permet de mettre à distance le stigmate de la femme au foyer ou de la chômeuse. Si quelques unes parviennent à une articulation fluidifiée de leurs engagements par la mobilisation de multiples ressources, les Mompreneurs partagent avant tout des pratiques parentales puérocentristes, exigeantes et essentialisées. La morale conservatrice qui s’y niche et qui est étudiée dans le troisième temps comporte des effets distinctifs notables qui restent limités : les péripéties observées au fil des parcours soulignent la part de déclassement et de fragilisation qui s’instille dans cette apparente prise de responsabilités économiques conjuguée à une parentalité devenue performance de genre.