Les paradoxes d’une histoire sans transition. Entre l’Ouest et la nation, les mobilisations gaies et lesbiennes en Pologne (1980-2010)

Publié le 2 décembre 2015 par Equipe GIS IdG

Vendredi 4 décembre 2015
14h, EHESS 190 av. de France, 75013 Paris, salle 015

Soutenance de thèse de sociologie (EHESS) présentée publiquement par Agnès Chetaille
sous la direction d’Eric Fassin

Les paradoxes d’une histoire sans transition. Entre l’Ouest et la nation, les mobilisations gaies et lesbiennes en Pologne (1980-2010)

Au milieu des années 2000, au moment de l’entrée de la Pologne dans l’Union européenne, de violentes attaques politiques y sont menées contre des manifestations gaies et lesbiennes. Cette thèse se donne pour objet de faire la généalogie de ces mobilisations, depuis leur émergence jusqu’à leur réaction face à ces attaques. Elle prend appui sur une recherche empirique à partir d’archives, d’entretiens et d’un long terrain ethnographique dans les villes de Cracovie et de Varsovie entre 2004 et 2009, et cherche à reconstituer la chronologie propre à ces mobilisations, dont les étapes ne correspondent pas nécessairement à celles de la politique institutionnelle.

Cette histoire n’est pas linéaire, et présente un double paradoxe. En premier lieu, la « transition à la démocratie » de 1989 et les conséquences qu’elle entraîne ne constituent pas, pour les groupes gais et lesbiens émergents, un contexte favorable au développement d’actions collectives spécifiquement politiques. Face à la place prise par l’Église catholique dans les transformations politiques, la première vague de mobilisations homosexuelles se replie dans les années 1990 sur des activités essentiellement culturelles. C’est seulement dix ans après la « transition » que les conditions seront réunies pour l’émergence d’une deuxième vague de mobilisations, qui porte la cause gaie et lesbienne dans l’espace public au début des années 2000. À ce moment-là, l’imminence de l’adhésion à l’Union européenne constitue le deuxième paradoxe : si ce contexte est porteur d’opportunités importantes pour les militants, il est simultanément propice à la montée de mobilisations nationalistes, à l’intérieur comme en dehors du champ partisan, qui se saisissent de l’homophobie comme d’une ressource politique. Accusées de n’être pas authentiquement polonaises, les mobilisations gaies et lesbiennes sont confrontées à un dilemme.

Or la thèse démontre que ce n’est pas seulement dans les années 2000, mais en réalité depuis leur émergence dans les années 1980, que ces mobilisations sont prises dans une tension entre dynamiques locales et circulations transnationales Ouest-Est, qui jouent un rôle particulièrement important lors des moments de répression. Les réponses originales élaborées par les mobilisations prennent la forme d’un bricolage politique, entre l’appropriation d’éléments issus de l’Ouest et la récupération d’éléments nationaux, qui peut aller jusqu’à la revendication de patriotisme.

Jury :

  • Dorota Dakowska, professeure à l’Université Lumière Lyon 2, rapporteure
  • Jan Willem Duyvendak, professeur à l’Université d’Amsterdam
  • Éric Fassin, professeur à l’Université Paris 8, directeur de la thèse
  • Olivier Fillieule, professeur à l’Université de Lausanne, rapporteur
  • Rose-Marie Lagrave, directrice d’études à l’EHESS