Les guerres sentimentales. Anthropologie morale du marché matrimonial de la Chine urbaine des années 2000

Soutenance de thèse

Publié le 20 octobre 2015 par Equipe GIS IdG

Les guerres sentimentales. Anthropologie morale du marché matrimonial de la Chine urbaine des années 2000

Jean-Baptiste Pettier

Vendredi 23 octobre, à 14h

La soutenance aura lieu à l’EHESS, en Salle du Conseil, au 190 avenue de France, Paris 13ème.

Le jury sera composé de :

  • Michel Bozon, Directeur de recherche à l’Institut National d’Études Démographiques
  • Susanne Brandtstädter, Professeure à l’Université de Cologne, rapporteure
  • Didier Fassin, Professeur à l’Institute for Advanced Study, Princeton, et directeur d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, directeur de la thèse
  • Isabelle Thireau, Directrice d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales
  • Jeanne-Véronique Pache Huber, Professeure associée à l’Université de Fribourg, rapporteure
  • Bernard Vernier, Professeur émérite à l’Université Lyon 2

Résumé
Cette étude ethnographique, conduite à Pékin et à Chengdu entre 2006 et 2010, examine les transformations du marché matrimonial en Chine urbaine à travers le prisme d’une institution sociale : le xiāngqīn, une forme d’intermédiation traditionnelle, aujourd’hui réinventée. À travers une série de lieux (des agences matrimoniales, des réunions parentales et de célibataires), elle réexamine certains enjeux clés du vingtième siècle (l’opposition aux mariages arrangés, la place politique de l’amour, le rôle social des marieuses, l’importance des relations sociales (guānxì), le rôle de pensées traditionnelles comme le "confucianisme", etc.) Le phénomène est saisit dans son actualité et sa transversalité, rendant compte de ses dimensions sociales, économiques, historiques, et conférant une attention particulière à ce que je nomme "l’échelle affective" de la recherche. J’y mets au jour des "politiques sentimentales", qui aident à penser les discriminations sociales et culturelles qui s’y jouent. Le travail s’attarde sur les débats intellectuels concernant la place de l’amour dans la société chinoise, notamment dans le cadre du processus de modernisation, et sur leurs usages contemporains, dont j’opère une analyse critique. À travers eux, comme à travers les débats moraux qui occupent aujourd’hui l’actualité de ce pays, les transformations contemporaines du sujet chinois sont observées. L’étude de ce phénomène permet ainsi d’explorer les conséquences sociales et personnelles des transformations politiques, économiques, et démographiques, expérimentées par la société chinoise depuis trente ans, et la manière dont elles ont considérablement accru la pression sur les jeunes générations.

Abstract
This ethnographic study, based on fieldwork research carried out in Beijing and Chengdu between 2006 and 2010, explores the transformation of the urban marriage market in China. It does so through the prism of one social institution : the xiāngqīn, a traditional form of marriage intermediation, which is presently undergoing a reinvention. Through a series of places (marriage agencies, parental and bachelors’ gatherings), this study examines a number of twentieth century key issues (the opposition to arranged marriages, the political place of love, the importance of social ties (guānxì), the role of traditional thoughts like "confucianism", etc.) The study examines this phenomenon in its actuality and its transversality, giving accounts of its social, economic, and historical dimensions, and awarding a particular importance to what I name the "affective scope" of the research. The study reveals the "sentimental politics" behind it, as they are helpful to think the social and cultural discriminations it holds. It pays careful attention to the intellectual debates concerning the place awarded to love in the Chinese society, which have been particularly relevant through the modernization process. Furthermore, it elaborates a critical analysis of their present uses. Through them, and through the omnipresent moral debates on today’s China’s public stage, the transformation of the Chinese subject is observed. The study of this phenomenon therefore allows an exploration of the social and personal consequences of the political, economic, and demographic changes experienced by Chinese society from thirty years onward and the pressure it induced on the younger generations.