Performances culturelles du genre

Séminaire

Publié le 12 janvier par Equipe GIS IdG

Cycle : Travestissements

Performances culturelles du genre

Anne Castaing (CNRS/THALIM), Mehdi Derfoufi (UNIL/IRCAV),
Tiziana Leucci (CNRS/CEIAS), Fanny Lignon (Univ. Lyon 1/THALIM)

Vendredi 22 janvier - 14h à 16h

CEIAS - Salle 640
MSH (EHESS/CNRS) - 190 av. de France 75013 Paris

  • Luc Robène
    (Univ. Bordeaux 2/THALIM)
  • Solveig Serre
    (CNRS/THALIM)

La scène punk au féminin : un mauvais genre ?

Contrairement à la variété ou à la chanson, le rock reste une affaire d’hommes. Si l’explosion punk des années 1977-1978 a permis aux filles d’investir partiellement ce royaume des masculinités sous l’angle du Do It Yourself et d’ouvrir par la suite sur des incursions plus régulières, les conditions et la portée de cet investissement - ainsi que les stratégies mises en œuvre sur la scène et à la ville - méritent d’être questionnées. Notre communication entend donc présenter des éléments de réflexion qui constituent des pistes majeures pour interroger l’histoire des scènes punk au prisme du genre en renouvelant les questions autour des paradoxes constitutifs de « l’être punk ».
En cela l’angle du travestissement nous semble particulièrement pertinent. Car le punk, art du détournement et de la subversion, renvoie bien à des modalités spécifiques de travestissement, qu’il s’agisse de considérer le processus d’enlaidissement et l’appétence pour le mauvais goût au regard des codes esthétiques classiques (stratégie du « schocking »), l’hyper-sexualisation des apparences ou la transgression des codes hégémoniques du masculin et du féminin (les garçons se maquillent, les filles se coiffent à la garçonne et adoptent des attitudes de « mecs » sous cuir cloutés). En ce sens, il interroge à un premier niveau ce que veut dire être une femme ou un homme dans ce champ de force et permet de questionner la construction des masculinités et des féminités punk dans un mouvement qui prône une torsion du réel comme horizon culturel, social et politique.
Simultanément, cet univers est traversé par des effets de réalités et des équilibres en questions qui touchent l’ordre du genre punk. En effet, le punk, mouvement révolutionnaire dans l’âme et sensible au bousculement des codes, tend néanmoins à reproduire un certain nombre d’inégalités, voire de violences ordinaires : place subalterne des femmes en dépit de l’hyper-visibilité militante de quelques-unes (Rrrrriot girls, Femen), « punkettes » soumises ou hyper soumises cumulant les figures de « copine » et d’objet sexuel au squat, représentations souvent caricaturales des femmes et de ce qu’elles incarnent (sexe, couple, amour) dans les textes punk – écrits par une majorité d’hommes, rôles des femmes sur la scène punk (derrière la scène plus souvent que sur scène, parfois au micro plus rarement derrière un instrument), images des féminités du punk inscrites dans des registres figés, tantôt sexuellement explicites, tantôt fortement masculinisés. Autant de tensions qui questionnent les manières par lesquelles les femmes ont « réellement » investi de manière libertaire et autonome le punk en France, et plus largement dans le monde, et qui invitent à réinterroger les processus du travestissement. Jusqu’à quel point celui-ci ne participe-t-il pas en effet d’une autre forme de détournement, non attendue, masquant derrière le jeu supposé subversif de l’apparat punk des effets de contraintes ou de domination ? Jusqu’à quel point le punk travestit-il des réalités genrées paradoxalement plus violentes qu’elles ne se disent ?