Le travail artistique à l’épreuve du genre. Perspectives socio-historiques

Publié le 4 avril par Equipe GIS IdG

Quatrième séance de l’atelier Campus Condorcet « Le travail artistique à l’épreuve du genre. Perspectives socio-historiques »

Séance 4 : jeudi 14 avril 2016, de 14h00 à 17H00 à l’EHESS (Attention changement de salle : salle 11 au 105 Bd Raspail)

« Les écrivaines tunisiennes entre les injonctions des pairs et une censure disséminée »
Abir Kréfa (CMH, EHESS-ENS-CNRS)

« Neutre, féminin, féminisme : stratégies de résistance des écrivaines à la catégorie critique de la « littérature féminine » dans la France du XXe siècle »
Audrey Lasserre (UMR Thalim, Paris 3)

Discutante : Delphine Naudier (CSU-Cresppa/CNRS, Paris 8)

Résumés :

  • «  Les écrivaines tunisiennes entre les injonctions des pairs et une censure disséminée »
    Abir Kréfa (CMH, EHESS-ENS-CNRS)

Au cours des trois dernières décennies en Tunisie, la réduction des inégalités solaires entre les deux classes de sexe a favorisé l’accès de femmes à l’univers littéraire. Ce dernier demeure cependant, comme dans d’autres contextes, structuré par une ségrégation sexuée verticale et horizontale. À partir d’une enquête par entretiens auprès d’une soixantaine d’écrivaines et d’écrivains arabophones et francophones, d’éditeurs et de jurés littéraires, ainsi que de l’analyse d’un corpus de textes de création et de critique littéraire, nous nous proposons d’expliquer cette double ségrégation par une conjonction de facteurs exogènes et endogènes. Aux côtés des socialisations différenciées et de la division sexuée du travail au sein des couples et des familles, nous mettrons l’accent sur les normes internes à l’univers littéraire. Depuis les années 1980, « l’audace » de l’écrivain, définie par la « transgression » des tabous sexuels et religieux est en effet devenue un critère d’une « bonne œuvre » et un signe d’autonomie. En raison d’une censure disséminée qui s’exerce de façon asymétrique selon la position dans les rapports de genre, ces critères défavorisent les écrivaines et contribuent, par là, à leur éviction de la reconnaissance.

  • « Neutre, féminin, féminisme : stratégies de résistance des écrivaines à la catégorie critique de la « littérature féminine » dans la France du XXe siècle »
    Audrey Lasserre (UMR Thalim, Paris 3)

La littérature féminine recouvre en théorie l’ensemble de la littérature produite par les femmes. Pourtant, loin de désigner cet ensemble sous la plume de l’écrivain.e ou du critique du XXe siècle, la littérature féminine est une représentation de ce que l’on pense être la littérature produite par les femmes, et ainsi, de ce qu’elle doit être. La « littérature féminine » fonctionne en France à la manière d’une norme d’autant plus effective et efficace qu’elle est une catégorie critique jugée pertinente sur l’ensemble du siècle. Nous verrons ainsi pourquoi il y a lieu de résister, pour les écrivaines, à cette catégorie critique qui fonde l’évaluation esthétique pour aborder ensuite les différentes stratégies de résistance mises en œuvre par les écrivaines elles-mêmes.