Espaces sexués : masque et possession

Séminaire

Publié le 16 novembre 2015 par Equipe GIS IdG

Espaces sexués : masque et possession

- Klaus Hamberger, maître de conférences à l’EHESS ( LAS )

Jeudi de 13 h à 15 h (salle 4, 105 bd Raspail 75006 Paris), du 10 mars 2016 au 30 juin 2016

Ce séminaire s’inscrit dans un programme de recherche consacré à la topologie sexuelle de l’espace social. À travers l’analyse comparative de la morphologie spatiale de sociétés voisines dans différentes régions du monde, notre objectif n’est pas seulement de préciser le rôle que joue la différence des sexes dans l’organisation de l’espace, mais de parvenir à une conception proprement topologique du genre.

Reprenant le fil du dernier séminaire, qui nous a conduits en Afrique de l’Ouest, nous nous concentrerons cette année sur une analyse synoptique des matériaux ouest-africains portant sur les rites d’initiation, afin de comprendre comment ces rites, en façonnant à la fois l’habitat, le corps et le savoir, parviennent à différencier les genres masculin et féminin en tant que perspectives distinctes de l’espace social. L’outil heuristique qui guidera cette recherche est la distinction (premièrement proposée par R. Prince pour les cultes yoruba) entre systèmes « à masques » et systèmes « à possession ». Cette polarité est sexuée : le port des masques est largement réservé aux hommes, la possession généralement connotée féminine ; qui plus est, les systèmes « à masques » accentuent la complémentarité entre les sexes, tandis que les systèmes « à possession » favorisent l’indifférenciation.

Le principe qui distingue les deux systèmes consiste à différencier les sexes par le rapport topologique qu’ils entretiennent avec l’Autre, dont la réalisation radicale est le nonhumain. Ce rapport se présente comme une dichotomie entre intérieur et extérieur dans l’organisation résidentielle, entre contenant et contenu dans le façonnage du corps, entre « secret tu » et « secret exhibé » (Houseman) dans l’orientation du savoir. « L’Autre » que les rites initiatiques mettent en valeur signifie ici moins une position déterminée que la limite constituante de l’espace social, qui se présente, selon le cas, comme brousse sauvage ou forêt ancestrale, enfant à naître ou matrice génitrice, petit génie ou monstre dévorant, tantôt pénétrant, tantôt enveloppant l’espace-corps humain. Si cette conception topologique du genre est liée à la reproduction sexuelle, ce n’est pas que celle-ci en fournirait le modèle naturel, mais au contraire, que la formation d’une sexualité reproductive présuppose que la topologie sociale soit taillée dans l’environnement, la chair et la pensée – opération dont les rites initiatiques fournissent le modèle par excellence.

Mots-clés : Anthropologie, Corps, Espace, Genre, Morphologie, Parenté, Religieux (sciences sociales du), Rituel, Sexualité, Spatialisation, territoires,