Chirurgiens au féminin ? Des femmes dans un métier d’hommes

Chirurgiens au féminin ? Des femmes dans un métier d’hommes

27 novembre 2015

Jardin des Plantes, Grand amphithéâtre d’entomologie, 43 rue Buffon (Paris 5e), 14h-16h

Avec Emmanuelle Zolesio, Sociologue (Université Blaise Pascal Clermont-Ferrand II, laboratoire Acté)

La profession chirurgicale apparaît, de par son histoire et son recrutement professionnel, une spécialité « masculine » par excellence. L’idéal-type professionnel est par ailleurs empreint de manières de faire, dire et penser éminemment viriles et la domination masculine est très présente.
Les femmes qui investissent la spécialité, véritables exceptions statistiques, doivent bien souvent s’accommoder de la violence verbale et/ou symbolique exercée par leurs collaborateurs hommes. Un patrimoine dispositionnel à dominante masculine – constitué bien souvent en amont de l’exercice professionnel – reste une excellente ressource pour faire face à ce contexte agonistique des rapports sociaux de sexe qui règne au bloc opératoire.

Toutefois, à y regarder de plus près, on s’aperçoit que même les femmes chirurgiens les plus « masculines » activent des dispositions « féminines » dans certains contextes, mettant alors en veille leurs dispositions « masculines », dispositions qu’elles peuvent mettre en œuvre dans d’autres contextes et à d’autres moments de leur trajectoire. La pluralité dispositionnelle des enquêtées apparaît donc à la fois comme diachronique (elles mettent en œuvre des dispositions sexuées tantôt masculines, tantôt féminines selon les différentes étapes de leur parcours professionnel) et synchronique (à une même étape de leur carrière elles mettent en œuvre des dispositions sexuées différentes selon les sollicitations des contextes et des interlocuteurs qu’elles rencontrent). On a montré notamment, à la suite de Joan Cassell (1998), que les femmes chirurgiens ne se comportaient pas de la même façon selon qu’elles interagissaient avec les chirurgiens hommes ou avec les infirmières.
Par ailleurs, les trajectoires genrées des enquêtées se caractérisent par une pente allant du masculin vers plus de féminin puisque, tendanciellement, les enquêtées se masculinisent fortement au moment de la formation de l’internat et qu’elles vont vers des modalités de comportements plus « féminines » à mesure qu’elles font l’expérience de la maternité et qu’elles avancent dans le métier, gagnant en autonomie par rapport aux collègues masculins.