fémin|in|visible : Femmes de lettres à l’époque des Lumières. Traduction, écriture, médiation

Université de Lausanne (UNIL)

Publié le 23 août par Equipe GIS IdG

Au siècle des Lumières, de nombreuses femmes de lettres ont cherché à s’émanciper de l’invisibilité imposée à leur sexe pour endosser les rôles d’auteure, de traductrice et de médiatrice culturelle. Ainsi, elles ont pu franchir les limites de l’espace privé pour intervenir dans le champ littéraire et la sphère publique en écrivant, traduisant et publiant.

Situé au croisement de la traductologie, des études genre et des approches transculturelles de la littérature, le colloque nous permettra d’explorer les activités de femmes de lettres à cette époque à partir de deux perspectives complémentaires : la première vise à documenter les stratégies déployées par des femmes de lettres pour s’affirmer sur le marché littéraire, dans le monde de l’édition et dans les cercles intellectuels. Comment ont-elles pu surmonter leur marginalisation dans des milieux culturels et scientifiques dominés par les hommes ? La deuxième perspective met en lumière le rôle de la traduction littéraire et les stratégies diverses employées par les traductrices qui cherchaient la reconnaissance pour leurs contributions aux échanges culturels et littéraires. Comment ont-elles marqué les traductions de leur empreinte ou au contraire ont-elles effacé toute trace de leur intervention – et pour quelles raisons ?

La période choisie couvre le siècle des Lumières européennes, qui a ouvert de nouvelles possibilités de participation des femmes à la vie culturelle et au marché éditorial, jusqu’au 19e siècle, avec la professionnalisation du marché du livre qui prend une ampleur de plus en plus importante notamment grâce au lectorat féminin.

Etant donné que la signification attribuée au rôle du traducteur/de la traductrice est une construction historique et sociale (Sherry Simon), le colloque vise à explorer la façon dont les femmes de lettres au siècle des Lumières se sont représentées à travers leur activité de traductrice, elles qui furent souvent tiraillées entre leurs rôles sociaux d’un côté et leurs ambitions littéraires de l’autre : les femmes savantes ont dû concilier leur potentiel créatif avec des normes sociales contraignantes en prenant parfois appui sur les concepts philosophiques contemporains prônant l’égalité des droits entre les hommes – et parfois entre les sexes. Les rôles des femmes traductrices vont de la "Gehülfin" ("assistante", un terme employé par J.C. Gottsched pour désigner sa femme, l’auteure et traductrice Luise Gottsched) – au service du mari ou du père – à la poétesse-traductrice autonome ou à l’érudite respectée comme Anne Dacier. En dehors de figures phares telles que Sophie Mereau, Germaine de Staël ou Sarah Austin, le colloque cherche à mettre en lumière les activités de femmes méconnues ou oubliées à ce jour.

Nous invitons les spécialistes intéressé·e·s par les questions liées à l’histoire des femmes traductrices, aux échanges littéraires et aux transferts culturels en Europe à nous envoyer leurs propositions issues de diverses disciplines, en particulier en littérature française, allemande, anglaise, en traductologie et en études transculturelles. Les jeunes chercheurs et chercheuses sont cordialement invité·e·s à nous envoyer leurs propositions.

Thématiques possibles :

  • Négocier les rôles sociaux et les stéréotypes de genre : femmes de lettres et représentations de soi
  • Se rendre (in)visible : les femmes traductrices et les jeux sur l’identité : enquête sur les pseudonymes (masculins), masques et doubles
  • Le phénomène des poétesses-traductrices : Les femmes de lettres entre écriture et réécriture
  • Les stratégies de traduction hétérogènes pour affirmer ou renverser les rôles sociaux traditionnels
  • Original – traduction – paratexte : la fonction des dédicaces, préfaces, notes de traducteur o La traduction littéraire et son contexte discursif : le rôle des correspondances entre les traductrices et les auteurs et/ou les éditeurs
  • Les femmes de lettres et l’activité d’auto-traduction
  • L’entrée des femmes savantes au marché du livre et aux cercles littéraires : stratégies de professionnalisation
  • Gouvernante/préceptrice, professeure de langue, traductrice : les femmes savantes et l’importance de leurs activités professionnelles dans les Cours étrangères
  • L’activité des femmes de lettres au miroir de la critique littéraire (à l’époque et aujourd’hui)

Quelques figures célèbres parmi les femmes de lettres/traductrices/médiatrices des Lumières :

Sarah Austin (1793–1867) ; Jeanne-Marie Leprince de Beaumont (1711–1780) ; Elisabeth Bekker (Betje Wolff, 1738–1804) ; Charlotte Sophie Comtesse de Bentinck (1715–1800) ; Octavie Beloz (1719–1804) ; Aloïse de Carlowitz (1797–1863) ; Elizabeth Carter (1717-1806) ; Isabelle de Charrière (1740–1805) ; Emilie du Châtelet (1706–1749) ; Anne Dacier (1654–1720) ; Marie-Elisabeth de La Fite (1737–1794) ; Anne Finch (1661-1720) ; Sarah Fielding (1710-1768) ; Eliza Haywood (1693-1756) ; Luise Gottsched (1713–1762) ; Luisa Bergalli Gozzi (1703–1779) ; Elizabeth Gunning (1769–1823) ; Elizabeth Inchbald (1753-1821) ; Dorothea Margareta Liebeskind (1765–1853) ; Charlotte Lennox (1720–1804) ; Harriet Martineau (1802–1876) ; Isabelle de Montolieu (1751–1832) ; Sophie Mereau (1770–1806) ; Benedikte Naubert (1752–1819) ; Charlotte von Schiller (1766–1826) ; Charlotte Smith (1749-1806) ; Germaine de Staël (1766–1817) ; Dorothea Tieck (1799–1841) ; Elisabetta Caminer Turra (1751–1796) ; Helene Unger (1741/1751–1813) ; Henriette Guizot de Witt (1829–1908) ; Mary Wollstonecraft (1759-1797)

Modalités de proposition :

Nous vous invitons à envoyer vos descriptifs de 300 mots ainsi qu’une courte bio-bibliographie incluant votre affiliation académique d’ici au vendredi 14 octobre 2016 à Angela Sanmann (Angela.Sanmann@unil.ch).

Les langues de communication du colloque sont le français, l’anglais et l’allemand. Les participant·e·s sélectionné·e·s seront averti·e·s d’ici au lundi 5 décembre 2016.

Un choix de contributions sera publié dans les actes du colloque édités par les organisatrices.

Pour tout renseignement supplémentaire, veuillez contacter Angela.Sanmann@unil.ch

Un site web rassemblant des précisions utiles sera mis en ligne prochainement (voir site du Centre de traduction littéraire (CTL), de la section d’anglais et de la section d’allemand).

Organisatrices :

Angela Sanmann (Section d’allemand, traductologie, UNIL)
Martine Hennard Dutheil de la Rochère (Section d’anglais, UNIL)
Valérie Cossy (Section d’anglais, UNIL)


Collaborations UNIL :

Section d’allemand
Section d’anglais
Plateforme interfacultaire en Etudes Genre – PlaGe