Pulsions pasoliniennes

Parution

Publié le 16 novembre 2015 par Equipe GIS IdG

Pulsions pasoliniennes .

Fabrice Bourlez,
aux Editions Franciscopolis
Les Presses du Réel (diffusion et distribution),
Le Havre, novembre 2015.

Relue à l’aune de la psychanalyse et des théories queer, l’oeuvre de Pier Paolo Pasolini constitue un Dehors fertile pour la réflexion contemporaine. Pour faire face à l’apathie, pour affronter la souffrance, pour réveiller la réalité désabusée, comment tirer parti de la descente aux enfers pasoliniens ? Comment son travail peut-il aider à mieux appréhender le contemporain sans le condamner d’une traite ? Pasolini aimait se définir comme « une force du passé ». Il ne faut pas laisser sombrer sa lutte contre le conformisme petit bourgeois et le développement du capitalisme dans un conservatisme quelconque. La lutte pasolinienne, son combat au corps-à-corps avec la langue, le visible, le dicible ne peut rester vain.
Re-lire et re-revoir Pasolini pour nommer le contemporain : le chantier est vaste, d’autant plus imposant qu’il est resté inachevé. Films, pièces de théâtre, romans, poésies, essais… en chaque lieu, surgit la suspension des certitudes bien-pensantes et résonnent les voix des sans-voix : ragazzi, prostituées, spectres, lucioles, sous-prolétariat du monde entier. S’ensuit une série de questions déterminantes pour l’actualité de la pratique psychanalytique et de la pensée. Comment (se) dit-on ? Comment (se) réfléchit-on ? Comment (se) désire-t-on ? Où et comment retrouver un peu de « grande santé » ? Où et comment trouver un nouveau cap ?
D’Edipo Re à Salo, d’Orgia à Petrolio, de Comizi d’amore aux Ecrits corsaires, Pasolini décline des corps, des visages, des personnages animés par des pulsions qui ne cessent d’inventer une logique mettant au défi le moralisme de l’autorité paternelle. Ces pulsions répètent sans cesse un même échec. Que signifie cette omniprésence de l’échec, l’insistance de la foirade tant dans l’oeuvre filmée qu’écrite ? Comment articuler le refus du père pasolinien avec son attachement revendiqué à l’oeuvre freudienne ? Répondre à ces questions, c’est entrer dans la poétique même de l’écriture pasolinienne et dans des questions psychanalytiques de la plus brûlante actualité.
Rapprocher Pasolini de la psychanalyse et des théories du genre ne vise ni à psychologiser son oeuvre, ni à faire du poète un précurseur des idéologies queer. S’emparer des pulsions pasoliniennes, c’est, bien plutôt, mettre au travail la praxis par les idéologies : réveiller l’écoute analytique, les idéologies queer et l’esthétique pasolinienne.
L’essai se veut une porte d’entrée pour comprendre l’éthique à l’oeuvre chez Pasolini et dans la pratique de l’inconscient. Son champ référentiel principal est le corpus pasolinien analysé à partir de l’oeuvre freudienne et des apports lacaniens ainsi que de leurs reprises par les avancées des théories du genre (Teresa de Lauretis, Leo Bersani, Gayle Rubin…).

L’auteur
De nationalité belge, Fabrice Bourlez est psychanalyste. Il enseigne la philosophie et l’esthétique à l’Ecole Supérieure d’art et de Design de Reims et est chargé de cours à Sciences Po (Paris). Il intervient également en institution psychiatrique. Pulsions pasoliniennes est son premier essai.
Sa thèse de doctorat portait sur l’oeuvre cinématographique de Pasolini. Il est l’auteur de différents articles sur le cinéma, la psychanalyse et l’art contemporain publiés en France, en Italie et en Angleterre. Parallèlement à ses activités de recherche, il a été responsable du pôle genre et féminisme pour le site www.nonfiction.fr. Il a publié avec Lorenzo Vinciguerra, Pourparlers, Deleuze entre Art et Philosophie, Epure, Reims, 2013. En préparation, L’oeil et l’esprit. Merleau-Ponty entre art et philosophie, Epure, Reims, 2015 (à paraître).