Harcèlement sexuel : une projection pour lever le tabou

Publié le 14 octobre 2015 par Equipe GIS IdG

Harcèlement sexuel : une projection pour lever le tabou

Projection-débat , mercredi 21 octobre, à partir de 18 h 30, amphi 1, Institut Le Bel. Durée du film : 1 h 45. Entrée libre.

Sujet peu voire pas abordé dans les universités, le harcèlement sexuel est au cœur du film-documentaire The Hunting Ground, projeté le 21 octobre et suivi d’un débat. Aborder le sujet par le prisme américain pour sensibiliser la communauté universitaire, voire lever certains freins à la parole : c’est ce qu’espère Isabelle Kraus, chargée de la mission Egalités-Diversité.

En France, très peu d’universités sont dotées d’une structure en prise directe avec la question du harcèlement sexuel : “Lille 3 est la seule qui ait assez de recul, puisque sa cellule date de 2006. Il y a aussi Bordeaux-Montaigne et Lille 1, depuis un an. Et c’est tout”, liste Isabelle Kraus. C’est donc logiquement que la chargée de mission Egalités-Diversité de l’université, directement rattachée au premier vice-président Michel Deneken, a invité la coordinatrice de la cellule lilloise, Nathalie Coulon, à venir débattre du sujet hautement sensible du harcèlement sexuel en milieu universitaire. A ses côtés, des représentants du Service universitaire de médecine préventive (Sumps) et de la cellule juridique de l’université pour répondre aux questions et débattre avec la salle.

L’échange fera suite à la projection de The Hunting Ground, film-documentaire du réalisateur américain Kirby Dick, déjà reconnu pour son travail sur les viols au sein de l’armée américaine. De facture hollywoodienne, avec images léchées et bande son signée Lady Gaga, le film n’en aborde pas moins un sujet politiquement complexe : celui du viol de plusieurs étudiantes par des pairs, sur leur campus, et surtout la mise en doute du témoignage de ces victimes par les instances des universités concernées. Diffusé en France par Canal +, le documentaire sera projeté en avant-première dans quatre universités, dont celle de Strasbourg, après avoir suivi le même chemin dans les universités américaines.

« Un déclencheur »

Du côté des universités françaises, le harcèlement sexuel, qui tombe sous le coup du Code pénal depuis 2012, concerne en priorité le rapport de domination entre étudiants en thèse et professeurs (c’est d’ailleurs la position que soutenait la Conférence des présidents d’université (CPU) en 2012). « Une relation de hiérarchie directe, dans laquelle le rapport d’extrême dépendance du ou de la thésard(e) vis à vis du directeur ou de la directrice de thèse n’est pas dilué comme pendant la licence ou le master », précise Isabelle Kraus. Parce qu’il est du devoir de l’université de ne pas rester passive face à de telles situations, plusieurs mesures déjà mises en place permettent de détecter des situations, comme un service de médecine dédié aux thésards, ou encore un bilan de thèse à mi-parcours, ouvert aussi aux questions relationnelles en l’absence du directeur (ou de la directrice) de thèse. « Je peux aussi être saisie directement », rappelle Isabelle Kraus. « Mais attention, insiste la chargée de mission. Il est très difficile d’estimer le nombre de cas de harcèlement sexuel attestés au sein de l’université. » A Lille 3, trente dossiers ont été ou sont suivis par la cellule depuis sa création, parfois sur plusieurs mois, avec parfois des cas de dénonciations sans suite, sans compter les victimes qui ne font pas appel à ce type de structure.

A l’occasion de cette soirée spéciale du 21 octobre, qu’Isabelle Kraus souhaite être « un déclencheur, le début d’une réflexion et non une action ponctuelle », un flyer sera distribué, listant les contacts essentiels en cas de harcèlement sexuel. Pour que les victimes osent enfin sortir de l’ombre et soient considérées.

Voir la bande d’annonce

Pour aller plus loin, une exposition et une conférence…

En parallèle, la thématique sera déclinée à travers l’exposition « Les Crocodiles » de planches de bande dessinée consacrées au harcèlement et au sexisme « ordinaires », disséminées en différents lieux de l’université : IEP, Cuej, Pege, Faculté de droit, Crous, bibliothèques…

Dans le cadre de la Semaine de l’égalité et de la lutte contre les discriminations, organisée par la Ville de Strasbourg, la mission Égalités-Diversité de l’université invite Joëlle Braeuner (Montréal). Elle animera une conférence intitulée "Origine de la domination masculine, points de vue anthropologique et sociologique", mercredi 14 octobre, à 12 h 15, amphi 6, Institut Le Bel. Ouverte aux étudiants de toutes disciplines, au personnel de l’université, et au grand public.

Pour aller plus loin sur le sujet, consulter le guide du Clasches "Le harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur et la recherche"