NORTH vs SOUTH ? Gender, Law, Economy in Early Modern and Modern Europe

17-19 novembre, Université de Rouen

Publié le 17 novembre par Lola Gonzalez

Le 8e colloque du réseau Gender Differences in the History of European Legal Cultures se propose d’analyser les conséquences des systèmes juridiques européens sur le développement de rôles économiques spécifiques pour les hommes et les femmes. Au cœur de la comparaison il y a les différentes évolutions des régions européennes à l’époque moderne. L’Europe du Nord était caractérisée par une grande variété de droits coutumiers, qui toutefois avaient des éléments en commun ; alors que l’Europe du Sud était caractérisée par le droit romain, mais avec des variantes locales, parfois très importantes.

Dans les dernières années, des historien-ne-s du genre et de l’économie ont appliqué aux sociétés de l’époque moderne des catégories d’analyse forgées par les économistes des pays émergents, afin de questionner les liens entre les droits des femmes, l’économie maritale et le développement économique.

Dans un article stimulant publié en 2005, Amy L. Erickson a suggéré l’existence d’une relation entre le développement du capitalisme anglais, au XVIIIe siècle, et le fait que les femmes mariées, sous le régime de la “common law” perdaient leurs droits de propriété au profit du mari. Cela permettait aux maris d’utiliser librement les biens de leurs épouses, alors qu’en principe, dans l’Europe méditerranéenne sous le régime du droit romain, tout mari se devait de protéger les biens dotaux de sa femme pour qu’elle puisse les récupérer en cas de veuvage. En même temps, les femmes célibataires gardaient le contrôle de leurs biens, plus que dans d’autres sociétés européennes de l’époque moderne. Le résultat était que, dans l’Angleterre moderne, il y avait un nombre important d’investisseurs potentiels.

Dans un article publié en 2010, Tine De Moor et Jan Luiten Van Zanden ont soutenu que dans l’Europe du Nord-Ouest, à l’époque moderne, le régime de propriété fut un facteur crucial pour le développement de stratégies orientées vers le marché du travail, et permit une croissance économique rapide de toute la région. En effet, la nécessité de cumuler des ressources en vue du mariage encourageait les jeunes célibataires des deux sexes à entrer temporairement en service. En même temps, le régime marital basé sur la mise en commun des biens entre époux incitait les épouses à participer à l’entreprise familiale. Par contre, dans l’Europe méridionale le système de la dot aurait tenu les femmes loin du marché du travail, puisque leur destin était déjà plus ou moins fixé par la propriété de la dot qu’elles recevaient à titre de partage de l’héritage familial et dont elles récupéraient la possession en cas de veuvage.

Sheilagh Ogilvie a suggéré un lien entre l’exclusion des femmes et des juifs du “capital social” des corporations dans l’Allemagne Méridionale, et le retard dans le développement économique de cette région3. Les recherches sur les corps de métier dans l’Europe moderne ont souvent insisté sur l’exclusion des femmes : le problème historique de leur présence, ou plutôt absence, est un aspect de la problématique plus large de l’évolution du rôle féminin dans les activités qualifiées durant la première époque moderne, depuis la « thèse du déclin » développée par Alice Clark, et remise en question, pour le cas italien, par Angela Groppi et Simona Laudani et, pour le cas français, par Claire Crowston et Daryl Hafter.

D’une façon plus générale, le but de ce colloque est d’interroger le modèle de la “grande divergence” entre les économies du Nord et du Sud de l’Europe en relation à la possibilité d’agir dans la société en qualité d’acteurs économiques que les systèmes juridiques offraient aux hommes et aux femmes. Étaient-ils vraiment très différents ? Est-ce-que les femmes avaient la possibilité de jouer un rôle public reconnu par les institutions ? Quel était le rôle de la propriété féminine dans l’économie urbaine ? Et jusqu’à quel point l’économie maritale influençait le développement économique ? Les notions de “industrious revolution” et de “industrial revolution” sont des outils pertinents pour comprendre le développement économique, et, si est le cas, sont-ils propres à des systèmes juridiques spécifiques ?

Jeudi 17 Novembre 2016/Thursday 17 November 2016

Maison de l’Université, Salle des conférences, Université de Rouen-Normandie, Mont-Saint-Aignan

14h30-15h : Accueil et café / Welcome and coffee
15h-15h15 : Anna Bellavitis et Beatrice Zucca Micheletto – Introduction
15h15-18h : Entre loi et pratique / Between law and practice
Présidence : Heide Wunder (Universität Kassel)

15h15-15h45 : Deborah Simonton (Universities of Southern Denmark and Turku, Finland)– North and South ? Coverture and Capability
15h45-16h15 : Nicole Dufournaud (LaDéHis et UMR 8558 EHESS) – Entre puissance parentale et autorité maritale, les femmes marchandes à l’épreuve du droit coutumier en Bretagne aux XVIe et XVIIe siècles
16h15-16h30 : Pause café / Coffee break
16h30-17h : Simona Feci (Università di Palermo, Dipartimento di Giurisprudenza) : Femmes d’exception. Mercantesse et travailleuses dans le droit italien d’époque moderne
17h-17h30 : Marion Roewekamp (Freie Universität, Berlin) : Married women’s property rights in the 19th century in France and Spain : a North-South case study
17h30-18h : Discussion générale / General discussion

Vendredi 18 Novembre 2016 / Friday 18 November 2016

Maison de l’Université, Université de Rouen-Normandie, Mont-Saint-Aignan, Salle des conférences

9h-12h : Enjeux économiques et stratégies successorales / Economic issues and inheritance strategies
Présidence : Grethe Jacobsen (Royal Library, Copenhagen)

9h-9h30 : Susann Anett Pedersen (The Norwegian University of Technology and Science) – Marriage, law and property – Aristocratic women’s economic opportunities and limitations in late medieval Norway
9h30-10h : Siglinde Clementi (Freie Universität Bozen/Bolzano)- Undivided Brothers – Renouncing Sisters. Family Strategies of the Nobility in 16th and 17th Century Tyrol
10h -10h30 : Vittoria Fiorelli (Dipartimento di Scienze della Formazione, Università Suor Orsola Benincasa, Napoli) – Les « Monts » des femmes. Capitaux dotaux et investissements à Naples à l’époque moderne
10h30-11h : Pause café / Coffee break
11h-11h30 : Montserrat Carbonell-Esteller (Departament d’Història Econòmica, Universitat de Barcelona) – Gender, family ties, intergenerational relationship and poor relief in southern Europe. Barcelona in late-eighteenth century
11h30-12h : Evdoxios Doxiadis (Stavros Niarchos Center for Hellenic Studies-Simon Fraser University-Burnaby) – The effects of legal centralization on marriage and wealth in nineteenth-century Greece
12h-12h30 : Discussion générale / General discussion
12h30-14h : Déjeuner/Lunch

14h-18h : Au cœur de l’économie urbaine I : famille et marché du travail / Inside the urban economy I : family and labour market
Présidence : Deborah Simonton (Universities of Southern Denmark and Turku, Finland)

14h14-30 : Kaat Cappelle (Vrije Universiteit Brussel, Research Foundation Flanders (FWO) – Marriage contracts and wills in 16th century Antwerp
14h30-15h : Emilie Fiorucci (EUI-Florence/EHESS/Université de Rouen)– Le travail des femmes dans une ville d’Europe du sud : Femmes, métiers organisés et compagnies marchandes à Venise au XVIe siècle
15h-15h30 : Janine M. Lanza (Wayne State University, History) – Women, Law, and Business Formation in Early Modern Paris
15h30-16h : Pause café / Coffee break
16h-16h30 : Christof Jeggle (Bamberg) – Divergences ? Gender, Legal Framework and Economic Practices in the Linen Trades of 17th Century Münster / Westfalia
16h30-17h : Viera Rebolledo-Dhuin (Université Versailles Saint Quentin) – Le rôle des femmes dans les faillites au XIXe siècle : l’exemple des libraires à Paris
17h-18h : Discussion

Saturday 19 November 2016

Faculté de Droit, Sciences Economiques, Gestion, Université de Rouen-Normandie, Salle C113, Rouen

9h-12h : Au cœur de l’économie urbaine II : les rôles économiques des femmes / Inside the urban economy II : the extent of female economic action
Présidence : Anna Bellavitis (GRHis-Université de Rouen Normandie/Institut Universitaire de France)

9h-9h30 : Andrea Bardyn (Research Foundation Flanders
Research group for Medieval History, KULeuven,
Centre for Urban History, University of Antwerp) – The « egalitarian trend » in practice. Female participation on property and credit market in the late medieval Low Countries
9h30-10h : Matteo Pompermaier (GRHis, Université de Rouen Normandie, Università Ca’ Foscari di Venezia)– Femmes et crédit à Venise au XVIIIe siècle
10h-10h15 : Pause café / Coffee break
10h15-10h45 : Claire Chatelain (CNRS, Université de Lille, UMR 8529, IRHIS) – Femmes, épouses en Ile de France au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles : quelle agentivité économique ?
10h45-11h15 : Rebecca Mason (University of Glasgow) – « With her guids and geir » : Women and Marital Property in Early Modern Scotland, c.1600-c.1750
11h15-12h : Discussion générale et présentation des projets futurs du Réseau Gender differences in the history of european legal cultures par Annette Cremer (Historisches Institut/History Department-Justus-Liebig-Universität Gießen) / General discussion and presentation of the future projects of the Network Gender differences in the history of european legal cultures by Annette Cremer (Historisches Institut/History Department-Justus-Liebig-Universität Gießen)

Programme en format pdf téléchargeable ci-dessous :

PDF - 988.4 ko