Ripostes catholiques : mobilisations conservatrices autour de questions sexuelles

Publié le 10 mai par Equipe GIS IdG

Appel à contribution

Ripostes catholiques : mobilisations conservatrices autour de questions sexuelles

Coordonné pour Genre, sexualité & société par Martina Avanza et Magali Della Sudda

Le dossier est à paraître dans le n°18 - automne 2017. Les propositions d’articles sont attendues pour le 15 juillet 2016.

Les mobilisations religieuses dans le champ politique ont fait l’objet d’une abondante littérature anglophone, notamment en ce qui concerne la lutte autour du droit des femmes à disposer de leur corps (Ginsburg, 1989 ; Heumann et Duyvendak, 2015 ; Luker, 1984 ; Munson, 2008 ; Staggenborg, 1991). Aux États-Unis, plus particulièrement, où le Tea Party et les droites chrétiennes ont désormais un poids sur le parti Républicain, le rôle des organisations confessionnelles dans l’activité politique n’a jamais cessé d’être l’objet de recherches académiques (Williamson & Skocpol, 2012). La mise sur l’agenda scientifique de ces formes d’engagement a été beaucoup plus tardive en Europe. En France, bien connues sous la Troisième République (Portier, 1998 ; Déloye, 2006), période de consolidation de l’État-nation sur une base laïque, ces mobilisations n’ont pas suscité d’intérêt pour les périodes ultérieures. Les manifestations contre l’accès au mariage civil pour les personnes du même sexe en 2012-2013 ont révélé la persistance de l’influence de ces réseaux chrétiens et leur capacité de mobilisation, que les récits sur la sécularisation avaient eu tendance à faire oublier (Tartakowsky, 2014).

Depuis les mobilisations de 2012-2013 consécutives à la mise à l’ordre du jour parlementaire du projet de loi Taubira, les enquêtes sur la Manif pour Tous et ses épigones se sont multipliées. Ce numéro de la revue GSS ne se limitera toutefois pas au contexte français. Les mobilisations conservatrices (Politix 2014) qui feront l’objet du dossier s’inscrivent dans un contexte européen et international qui appelle à interroger la dynamique transnationale de la contestation religieuse. Pour ne prendre que deux exemples très récents, les mobilisations contre les unions civiles pour les personnes du même sexe en Italie en 2015-2016, ainsi que les mouvements anti « théorie du genre » qui se multiplient partout en Europe (Avanza, 2015 ; Paternotte et al., 2015) appellent à approfondir la comparaison, notamment dans le contexte européen où les transferts militants sont importants, mais pas exclusivement.

Nous privilégierons dans ce numéro un point de vue différent du traitement réservé au « catholicisme d’identité » en sociologie des religions (Portier, 1994 ; Béraud, 2012). C’est en effet par les outils croisés de la sociologie des mobilisations/du militantisme et des études genre que nous saisirons l’engagement dans ces mouvements contestataires de l’ordre sexuel et politique contemporains.

Le dossier sera structuré autour de deux axes.

Axe 1
 : Acteurs, fronts et formes des ripostes catholiques
Comment définir ces mobilisations ? Par exemple, la notion de « croisade morale », largement utilisée pour qualifier ces mouvements, pourra être mise à l’épreuve d’une contestation qui présente un cadrage universel, distancié des arguments théologiques ou doctrinaux. Qui sont ces militants ? Dans quelles organisations s’insèrent-ils ? Comment ont-ils été socialisés politiquement, religieusement, sexuellement ? Quels bassins de recrutement ?
Les mobilisations de 2013 ont montré la réappropriation de certains éléments classiques du répertoire de l’action collective portée par les mouvements sociaux progressistes, mais aussi des innovations dans les formes de l’action collective. Quels sont les modes d’actions que ces groupes privilégient ? Observe-t-on des ruptures ou des continuités avec d’autres formes plus anciennes de contestation religieuse conservatrices (Della Sudda, 2010) ? Quels usages ces groupes, font-ils du droit et de la pratique assumée du lobbying institutionnel de groupes d’inspiration religieuse auprès des institutions internationales et nationales ? Quels usages aussi des moyens de communication classiques et plus récents ? Quels liens entretiennent ces groupes avec la politique institutionnelle ? Peut-on repérer des circulations entre différents espaces de mobilisation à la fois militants et géographiques ?

Axe 2 : Politisation de l’intime du corps et de la sexualité
On interrogera ici la politisation des questions sexuelles et reproductives par des collectifs d’inspiration catholique. Quelles performances de genre et de sexualité ces militant-e-s mettent-ils et elles en avant ? Dans quelles mesures leurs affirmations de l’hétérosexualité constituent-elles un renouvellement ou au contraire s’inscrivent dans la continuité avec le passé ? (Gerber, 2008) Quelles définitions des hétéro- et homosexualités sont-elles portées par ces groupes et individus mobilisés ? Quelles masculinités et féminités sont autorisées, voire produites, dans et par ces mobilisations ? Et à l’inverse lesquelles sont proscrites ? Quels usages des corps sexués sont faits dans ces mobilisations ? Quelles sont les conséquences biographiques d’engagements où le personnel, ici défini comme les pratiques et orientations sexuelles, est politique ? Quelles continuités ou discontinuités entre le message de l’Eglise autour du corps et de la sexualité et ces mobilisations ?

Ce dossier privilégiera les travaux issus d’enquêtes empiriques (études de cas ou comparaisons). Le cadrage des revendications et les évolutions du discours seront ainsi, dans la mesure du possible, articulés aux dispositifs et aux conditions d’efficacité de ces oppositions religieuses à l’ordre sexuel contemporain : on se penchera donc aussi sur les pratiques d’opposition et leurs échos dans les politiques publiques.

Soumettre une proposition
Les propositions d’articles, d’environ 5000 signes espaces et notes comprises, comprennent un titre, une présentation de l’article, les objets et les méthodes, ainsi que les nom, prénom, statut, rattachement institutionnel et email de l’autrice ou auteur. Elles doivent être envoyées pour le 15 juillet 2016 : Martina Avanza (matina.avanza@unil.ch), Magali Della Sudda (m.dellasudda@sciencespobordeaux.fr) ainsi qu’au comité de rédaction de la revue Genre, sexualité & société (gss@revues.org).

Les auteurs et autrices seront avisé-e-s par mail des propositions retenues avant le 30 juillet 2016. Les articles, inédits, devront être envoyés le 30 octobre 2016 au plus tard. Les instructions typographiques pour la rédaction des articles sont disponibles en ligne (https://gss.revues.org/747). Suivant la politique éditoriale de la revue, chaque article fera l’objet d’une double évaluation anonyme. L’acceptation de la proposition ne signifie donc pas acceptation automatique de l’article. Les articles retenus seront publiés dans le n° 18 à paraître à l’automne 2017.

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Numéros parus : http://gss.revues.org/55

Genre, sexualité & société reçoit également des articles « Varia », des propositions de dossiers thématiques ainsi que des comptes rendus.

- Pour les articles « Varia » et les propositions de dossiers thématiques, merci de consulter la page instructions aux auteur-e-s : http://gss.revues.org/747
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