Nature du genre, genre de la nature

les combats environnementaux en Europe, de la fin du xviiie siècle à nos jours

Publié le 22 novembre par Equipe GIS IdG

Appel à articles pour Genre & Histoire
numéro 22 (automne 2018)

Nature du genre, genre de la nature : les combats environnementaux en Europe, de la fin du xviiie siècle à nos jours

L’histoire environnementale et l’histoire du genre ont toutes deux profondément renouvelé les études historiques, mais elles ont longtemps suivi des chemins différents, qui ne se sont croisés qu’à la fin des années 1980, en particulier avec les travaux de l’historienne américaine Carolyn Merchant[1]. Le bilan établi plus de vingt après par Nancy Unger reste mitigé[2] : les recherches au carrefour de ces deux approches se sont certes multipliées, mais le genre demeure encore relativement peu utilisé dans l’historiographie de l’environnement, ou alors d’une manière essentialiste dont Melissa Leach et Cathy Green ont montré les limites dans un article fondateur[3]. Par ailleurs, force est de constater que ce croisement est encore surtout l’apanage d’une historiographie anglo-saxonne, voire proprement américaine et que les études européennes privilégiant ce double prisme restent rares, du moins dans le champ historique, car elles se multiplient en sociologie, psychologie ou philosophie[4]. La revue Genesis a fait œuvre pionnière en proposant un dossier sur « Femmes et hommes dans l’histoire de l’environnement » en 2013[5], comprenant des travaux sur la place des femmes dans les combats environnementaux, sur les représentations genrées de territoires, sur l’expérience coloniale des épouses de colons, sur les femmes comme victimes particulières de dégâts environnementaux. Le présent appel à communication souhaite s’inscrire dans les voies ouvertes par ce numéro, tout en restreignant quelque peu le champ d’étude.

Nous souhaitons proposer en effet une réflexion sur les combats environnementaux en Europe de la fin du xviiie siècle à nos jours, l’espace géographique ainsi défini incluant l’Europe occidentale, centrale et orientale, l’Europe du Nord et du Sud. Les deux derniers siècles ont en effet témoigné d’une redéfinition des rapports de genre, à l’occasion de revendications féministes et de bouleversements des structures traditionnelles par l’urbanisation et l’industrialisation, mais aussi d’une profonde mutation des relations entretenues avec l’environnement naturel, qui devient objet d’intérêt et de préservation.

Parmi les thématiques qui peuvent être abordées, sans exclusive :

- Le rôle des femmes, inconnues ou célèbres, dans les combats environnementaux ; quelle fut leur importance relative ? Ont-elles justifié leur action par des raisons de genre ? Le combat environnemental a-t-il pu être un moyen d’émancipation féminine ? Quelle place pour les femmes aujourd’hui au sein des mouvements/partis écologistes européens, des associations de défense des animaux, mais aussi des projets de lutte alternatifs (mouvements altermondialistes, zones à défendre, espaces de résistance…) ?

- Des ménagères de l’environnement ? : La répartition des rôles au sein du foyer laisse, aujourd’hui encore, une lourde charge domestique aux femmes, qui, d’après des études sociologiques, sont plus sensibles et attentives à la protection de la nature, au recyclage, etc. Ce rapport particulier, genré et ancien, a-t-il incité des femmes à s’investir dans l’éducation à l’environnement, la salubrité des villes, la gestion des ressources naturelles ? A-t-il servi d’excuse pour les cantonner justement à certaines sphères d’intervention ?

- La convergence des luttes : est-il possible de mettre en évidence des combats communs entre groupes minorisés et lutte pour l’environnement ? Quelle place, par exemple, pour les lesbiennes dans l’engagement en faveur de la cause animale, dans les mouvements végétarien et vegan ? Dans quelle mesure les mouvements contre-culturels des années 1970 et 1980 (mouvements hippie, punk, squatters, alternatifs …), par exemple, ont-ils pu croiser lutte pour les droits civiques, féminisme, revendications LGBT, et problématiques environnementales ? Peut-on mettre en évidence les liens entre spécisme, ableism (« capacitisme »), sexisme et racisme ? Quelle place faire au genre dans les débats actuels sur la justice environnementale (Environmental Justice) et les inégalités écologiques en Europe ?

- Un écoféminisme avant la lettre ? : les femmes européennes ont-elles revendiqué, à l’instar de certaines de leurs consœurs américaines[6], une légitimité particulière dans la lutte environnementale, incriminant les hommes pour leur brutalisation de la nature ? Quelle place accorder en Europe à ce que Françoise d’Eaubonne nommera en 1974 « écoféminisme », qui fait le lien entre l’oppression des femmes et la dégradation de la nature ?

- Une lutte sentimentale ? : Les combats environnementaux sont-ils l’occasion de redéfinition des rapports de genre, ou de la place des femmes dans la société ? L’épithète « sentimental », associé tout aussi bien aux femmes qu’aux défenseurs de la nature, a souvent servi pour disqualifier l’action environnementale. Les femmes sont ainsi renvoyées à leur inaptitude première à agir dans la sphère publique, les hommes qui œuvrent avec elles perdant, quant à eux, toute virilité. Qu’en est-il de ces représentations stéréotypées à l’heure des ZAD et de l’écoterrorisme ?

- La nature a-t-elle un genre ? : Plus généralement, les rôles respectifs des unes et des autres dans les luttes environnementales reposent-ils sur une conception genrée de la nature ? Celle-ci est-elle le lieu d’une refondation de la virilité d’hommes abrutis par leur environnement urbain et industriel, ou d’une relation sensible et « féminisée » aux beautés du monde ? Dans quelle mesure la présence des femmes dans la recherche scientifique conduit-elle à remettre en cause les biais genrés des politiques industrielles et énergétiques ou de la recherche médicale par exemple, qui influent directement sur l’environnement ?

- Les propositions, de 3000 signes maximum, en anglais ou en français, sont à envoyer accompagnées d’un CV à Charles-François Mathis (cfmathis@hotmail.com) et Florence Tamagne (ftamagne@gmail.com) avant le 15 janvier 2017.
- La sélection entre les propositions sera faite au plus tard le 15 février.

- Les articles retenus, en anglais ou en français, devront être remis pour le 30 juin 2017. Ils seront soumis à expertise avant leur acceptation finale.

- Cet AAA sera également disponible sur le site de la revue : https://genrehistoire.revues.org/