"MASCULINITÉ ET THÉÂTRE"

Publié le 21 novembre par Equipe GIS IdG

"MASCULINITÉ ET THÉÂTRE"

sous la direction de Sabine Chaouche
EUROPEAN DRAMA AND PERFORMANCE STUDIES - N° 10 - 2018
Revue scientifique publiée par les Editions Classiques Garnier

Dans leur ouvrage Masculinités : États des lieux, Daniel Welzer-Lang et
Chantal Zaouche Gaudron soulignent le manque d’études sur « les hommes
et le masculin, leurs diversités sociales, leurs orientations sexuelles,
les diverses positions qu’ils occupent dans les sphères publiques et
privées, et les conséquences que cela produit en termes de vécus
individuels et/ou collectifs »[1]. Force est de constater que la question
de la masculinité, et même des masculinités, reste peu explorée dans
les études littéraires en France,[2] et plus encore au théâtre, alors
qu’elle fait l’objet depuis les années 2000 de publications en
sociologie ou en histoire avec entre autres Hommes et masculinités de 1789
à nos jours un ouvrage dirigé par Régis Revenin[3] qui aborde la
masculinité sous l’angle de la sexualité, du travail, de la guerre, de
la religion et de la race, et plus récemment Histoire de la virilité sous
la direction de Georges Vigarello (t. 1) et Alain Corbin (t. 2) et
Jean-Jacques Courtine (t. 3)[4]. Les questions de genre méritent pourtant
d’être interrogées, et ce d’un point de vue interdisciplinaire.

D’après Raewyn Connell, masculinité et féminité sont intrinsèquement
liées, signalant des différences culturelles et des fonctions sociales le
plus souvent antagonistes.[5] Sous l’Ancien Régime par exemple, hommes
et femmes présentent des caractéristiques et des qualités opposées ; la
femme est subordonnée à l’homme, ce que Connell a théorisé par le
concept d’‘hégémonie masculine’ et ce qu’Arthur Brittan a
qualifié de ‘masculinisme’[6]. Par ailleurs, les théories sur la
masculinité montrent que celle-ci est produite par différents facteurs
comme la classe sociale ou l’environnement culturel. La masculinité est
conjoncturelle. Elle se définit et se construit dans sa mise en relation
à quelque chose ou à quelqu’un.[7] L’histoire des « mentalités
masculines » est ainsi corrélée à l’histoire des femmes soulignait
Alain Corbin[8] en 1984 alors que cette dernière suscitait de plus en plus
l’intérêt des universitaires. De multiples critères peuvent être
utilisés pour donner une interprétation de la masculinité comme
l’âge, le physique, l’éducation, le statut, le style de vie,
l’orientation sexuelle, l’ethnicité, le travail, les lieux auxquels
elle est rattachée ainsi que l’influence de normes culturelles ou de
sous-cultures.

Ce numéro tentera de définir la manière dont elle est non pas seulement
représentée par le texte de théâtre mais aussi reflétée par les arts
de la scène. Que traduisent l’auteur, l’acteur et la scène en
matière de virilité, de rituels, ou de normes ? Quels éléments du
théâtre sont ‘genrés’ et en particulier masculins/masculinisés ?
Quelles sont les façons de s’exprimer et/ou de se conduire qui doivent
être comprises comme des marqueurs de masculinité-s ? Le masculin
s’oppose-t-il systématiquement au féminin ? Voit-on un affaiblissement
de la frontière entre caractères masculins et féminins – ainsi des
héros ‘larmoyants’ de la tragédie des années 1660 et des
‘viragos’ des comédies ? Quelle place est donnée aux personnages
transgenres ?

Ce numéro portera sur les mises en scène de la masculinité ou de
masculinités, qu’elles aient lieu dans le cadre d’une représentation
théâtrale ou en société, afin d’identifier et de mieux comprendre les
constructions culturelles qu’elles articulent. Ce numéro interrogera les
thématiques suivantes :

1. Les signes et les marqueurs de masculinité(s) (comportements,
utilisation du discours, objets symboliques, idée de
‘performance’…), et leur impact sur le genre théâtral ou la
tonalité des dialogues

2. Le mélange et la confusion des genres, les formes de transgression
par rapport aux normes sociales ou culturelles ; les formes d’engagement
de l’auteur ou les effets de rupture par rapport aux interdits et tabous
de la société

3. Le corps masculin ; les modes masculines ; le maquillage masculin
pour la scène ; la masculinité/anti-masculinité du jeu et de la diction
 ; masculinité et technologie(s) ; masculinité, mouvements et/ou danse

4. La construction/déconstruction de l’identité masculine de
l’auteur, du héros, du spectateur ; la remise en cause des stéréotypes
masculins ou de l’hégémonie masculine ; la critique de la
masculinité/virilité ; l’esthétique du masculin

Propositions (300 à 400 mots) et bio-biblios à envoyer à
sabine.chaouche@gmail.com avant le 20 décembre 2016.

Informations supplémentaires relatives au numéro :
Langue : français ou anglais
Longueur des articles : entre 6 000 et 8 000 mots
Notification de l’acceptation des propositions : fin décembre 2016
Remise des articles : 10 juin 2017