Les mobilisations de mères et de pères, un non objet pour la science politique ?

Publié le 6 septembre par Equipe GIS IdG

Appel à communication pour le prochain congrès de l’AFSP qui se tiendra à Montpellier l’été prochain. La session aura lieu le mardi 11 juillet au matin.

Merci d’envoyer vos propositions avant le 15 octobre aux adresses suivantes : aureliefillod@hotmail.fr & manon.reguerpetit@sciencespo.fr

SECTION THEMATIQUE N°29

Les mobilisations de mères et de pères, un non objet pour la science politique ?

Réflexions sur les processus de politisation parentale individuels et collectifs au début du 21ème siècle

Aurélie FILLOD-CHABAUD (IREDU, Université de Bourgogne) & Manon REGUER-PETIT (CEE, Sciences Po)

Les transformations contemporaines des familles et le renouveau récent des mobilisations familiales (Manif pour tous, journées de retrait de l’école, mouvements de parents séparés), invitent à reconsidérer l’analyse des mobilisations collectives et des processus de politisation individuelle liés à la parentalité. Ces questionnements, délaissés par la science politique française suscitent en contraste des débats à l’étranger (Flam 2013).

Cette ST interroge les mobilisations parentales contemporaines et les formes de politisation collectives et individuelles qu’elles suscitent. Ces questionnements contribuent à trois champs de la science politique en renouvelant l’analyse des modes d’action collective, de la sociologie associative et des trajectoires militantes et, enfin, de la socialisation politique.

Nous développerons trois axes d’études, au sein desquels nous privilégierons les travaux issus d’enquêtes empiriques en cours ou achevées.

1. Les associations de parents : une typologie en train de se faire

Quelles formes revêtent les mobilisations parentales ? Quels sont les buts affichés de leurs actions ? Un des objectifs de cette ST est de poser les jalons d’une typologie du paysage associatif et militant parental. Cette typologie pourra avoir plusieurs entrées :

- Au nom de quoi et de qui les parents se mobilisent ? Les associations de pères séparés, de mères seules, de parents gays et lesbiens, de parents de familles nombreuses, de parents de triplés, de jumeaux, se mobilisent-elles au nom des parents ou des enfants ?

- Quels sont les services proposés par ces associations ? S’agit-il principalement d’entraide – associations de parents d’enfants victimes ou de parents d’enfants hospitalisés – de lutte pour la reconnaissance d’une injustice ou d’une pathologie ? S’agit-il de défense de droit (scolarisation, séparations, GPA, adoption) ?

- Quels sont les répertoires d’action et les rhétoriques engagés par ces mouvements ? Quelle place tient la rhétorique égalitaire, qu’il s’agisse du droit égal à l’éducation post-conjugale (groupes de pères séparés) ou d’enjeux relatifs à la division du travail parental et professionnels (les Mampreneurs, Maman travaille, Mercredi-c-papa) ? Quels sont les répertoires d’action mobilisés par les parents se regroupant autour d’événements tragiques (attouchements, décès, enlèvements d’enfants) ? Comment sont employés – ou non – les registres émotionnels en fonction de la gravité de leur perte, de leur sentiment d’injustice, de leurs interlocuteurs (l’Etat, la justice, l’Eglise) ?

2. Trajectoires parentales et politisation

Le deuxième axe questionne le lien entre les trajectoires parentales et la politisation. Alors que les conséquences biographiques de l’engagement ont suscité des questionnements importants (McAdam 1990 ; Leclercq et Pagis 2011), nous nous intéressons aux motifs familiaux de l’engagement associatif. En quoi la trajectoire familiale et l’identité parentale peuvent-elles être des vecteurs de mobilisation ? Comment s’articulent-elles avec les caractéristiques sociales, ethniques et genrées des individus ? Nous portons une attention particulière sur les mobilisations récentes de parents précaires (e.g. Les mères vigilantes d’Argenteuil, les parents de la cité Castellane à Marseille) dont les dispositions sociales et genrées rompent avec les caractéristiques classiques de militants associatifs. La parentalité peut-elle, et à quelles conditions, constituer un vecteur de mobilisation ? En miroir, nous questionnons les effets de la socialisation associative (Barrault-Stella 2014) sur les trajectoires sociales, militantes, familiales et professionnelles des individus ?

3. Les parents au guichet de l’Etat
Le troisième axe se concentre sur la politisation des parents liée aux contacts avec les administrations, agents et institutions publiques qui encadrent la famille et la parentalité.

Quels sont les effets du recours, intentionnel ou forcé, aux institutions encadrant la parentalité et la famille ? Nous nous intéressons ainsi aux relations face à l’école (Barrault 2013) mais aussi aux confrontations, souvent plus contraintes et subies par des familles en situation de précarité, à des travailleurs sociaux et des dispositifs d’encadrement de l’enfance. La question du rapport à la justice en contexte de séparation conflictuelle, de la socialisation juridique (Fillod-Chabaud 2014) et de l’éventuel défiance qui en découle (Réguer-Petit, 2016) est une autre forme de rapport aux institutions étatiques creusée dans cet axe.

Cet axe ouvre les questionnements sur la politisation des parents hors du contexte associatif. Comment l’expérience de politiques publiques liées à l’enfance, à la scolarité ou à la famille peuvent susciter une politisation du discours voire influer sur les choix d’orientation électorale à l’échelle locale et/ou nationale des parents ?

Les propositions de communication de 500 mots doivent être envoyées aux responsables de la ST avant le 15 octobre 2016. Merci d’y indiquer votre statut et institution de rattachement.

Références bibliographiques

Barrault-Stella, Lorenzo. 2013. Gouverner par accommodements. Stratégies autour de la carte scolaire. Nouvelle Bibliothèque des Thèses. Dalloz-Sirey.

Barrault-Stella, Lorenzo. 2014. « Former de bons représentants. Les apprentissages militants formels et informels au sein d’une association de parents d’élèves ». Les Sciences de l’éducation - Pour l’Ère nouvelle 47 (1) : 95‑115.

Fillod-Chabaud, Aurélie. 2014. Au nom du père. Une sociologie comparative du militantisme paternel en France et au Québec. Thèse de doctorat en Sciences politiques et sociales soutenue à l’Institut Universitaire Européen de Florence (Italie) sous la direction de Martin Kohli et la co-direction de Claude Martin.

Flam, Helena. 2013. « Politics of Grief and Grieving “Mothers” Movements ». In The Wiley-Blackwell Encyclopedia of Social and Political Movements. Blackwell Publishing Ltd.

Leclercq, Catherine, et Julie Pagis. 2011. « Les incidences biographiques de l’engagement ». Sociétés contemporaines 4 (84) : 5‑23.

McAdam, Doug. 2012 (1990). Freedom Summer. Luttes pour les droits civiques, Mississippi 1964. Marseille : Agone.

Réguer-Petit, Manon. 2016. Bifurcations familiales et socialisations politiques. Une comparaison des femmes en famille nucléaire, monoparentale et recomposée. Thèse de doctorat soutenue à l’IEP de Paris sous la direction de Florence Haegel.