L’intimité publique : politiques du corps des femmes

Publié le 14 septembre par Equipe GIS IdG

Appel à communications pour la section thématiqueorganisée lors du prochain congrès de l’AFSP (ST n° 27 mercredi 12 juillet après-midi)

L’intimité publique : politiques du corps des femmes

Les propositions de communications (5000 signes maximum) sont à envoyer avant le 15 octobre 2016 aux adresses suivantes :
- cfroidevaux.metterie@free.fr
- Jennifer.Merchant@u-paris2.fr

Pendant des siècles, la référence à la nature procréatrice des femmes complétée, après le tournant de la modernité démocratique, d’une justification sociale de la maternité, ont fondé le cantonnement des femmes dans la sphère privée. En obtenant qu’elles puissent voter et être élues, les féministes de la Première vague accomplissent le premier pas, celui de l’égalité civique. Mais elles permettent aussi que des thématiques dites féminines soient inscrites à l’agenda politique, comme en témoignent une série de lois relatives à la vie familiale (assurance maternité 1928, allocations familiales 1932). En France et aux États-Unis, c’est au nom de cette fonction sociale éminente que représenterait la maternité que les droits des femmes sont défendus. Mobilisant les arguments traditionnels qui assimilent condition féminine et condition maternelle, les premières féministes restent captives d’une conception qui réduit les femmes à leurs corps.
Dans les années 1960, c’est précisément autour de cette question que le combat pour l’égalité entre les sexes est réactivé. Pour les militantes de la Deuxième vague, la libération des femmes de leur double enfermement conjugal et maternel passe prioritairement par la lutte pour la légalisation de la contraception et la dépénalisation de l’avortement (arrêt Griswold v. Connecticut 1965 ; loi Neuwirth 1967 ; arrêt Roe v. Wade 1973 ; loi Veil 1974). Ces avancées confèrent aux femmes un pouvoir de contrôle inédit sur leurs corps, elles les délivre de leur condition naturelle et les fait accéder enfin au statut abstrait et neutre d’individu de droits.

Mais les revendications féministes ne se limitent pas au domaine de la procréation, elles concernent aussi la corporéité féminine dans sa dimension sexuelle. Le viol, l’inceste, la prostitution, la pornographie, le harcèlement sont dénoncés en ce qu’ils participent de la minoration sociale des femmes ainsi réduites au statut d’êtres existant pour les hommes. Derrière les divergences théoriques qui séparent les différentes options féministes, c’est un même objectif qui est poursuivi : délivrer les femmes des chaînes de leur corps sexuel et procréateur.

En rendant publiques des questions relatives à ces dimensions intimes de l’existence féminine que sont la maternité, la conjugalité et la sexualité, les féministes associent étroitement l’émancipation des femmes à la saisie politique des thèmes qui la conditionnent. D’enveloppe naturelle inesquivable, le corps des femmes est redéfini dans sa dimension sociale de lieu électif des rapports de pouvoir entre les sexes. Le principe du droit des femmes à disposer de leurs corps devient le socle sur lequel de nouveaux débats peuvent se faire jour qui sont autant de nouveaux combats.