Journées d’études “Ecrire et penser le genre en contexte postcolonial”

Publié le 25 avril 2014 par Institut du Genre

Journées d’études “Ecrire et penser le genre en contexte postcolonial”

Coordonnées par Anne Castaing (CNRS/THALIM-Ecritures de la Modernité) et Elodie Gaden (Université Paris Sorbonne/CIEF)

20 et 21 novembre 2014

à l’INHA – Salle W. Benjamin

Ces deux journées d’études s’inscrivent dans le programme “Penser le genre en contexte postcolonial” coordonné par Anne Castaing, et dans le pôle “Transculturalités” de l’UMR THALIM/Ecritures de la Modernité (CNRS/Paris 3).

Elles se proposent d’examiner les modalités et les singularités du genre en contexte postcolonial, de ses représentations et de ses identités.

A la fin des années 1980, la remise en question de l’universalisme de certains discours féministes a permis de repenser les catégorisations arbitraires établies et d’étendre la quête de la spécificité à une dimension extra-européenne. Celle-ci incite dès lors à intégrer de façon systématique les données culturelles, géographiques et historiques à toute réflexion sur les femmes, leurs représentations et le patriarcat, et plus largement, sur le genre. Chandra Talpade Mohanty (1991) appelle ainsi à une « décolonisation du genre » et une « reconnaissance des différences », Adrienne Rich (1984) à une « politique (et donc, une pensée) de la localisation », quand Gayatri Spivak (1988) dénonce la façon dont l’Occident colonise l’hétérogénéité de l’expérience de la « Femme du Tiers-Monde » et accapare son discours. De fait, si ce type de travaux ouvre le champ de la pensée postcoloniale aux questions de genre, ils permettent à la fois de repenser le féminisme comme discours racé et historicisé, de mettre en évidence la sexuation de la colonisation et du nationalisme (voir aussi Stoller 2013 ou Chatterjee 1993) et dès lors, d’offrir un espace d’expression à la différence, de « laisser parler le subalterne », comme le proposent, dans le champ indien, les études subalternes. D’où l’importance d’interroger le genre au prisme de la création, du langage, mais également des pratiques sociales et culturelles (Grodzins Gold & Goodwin Raheja, 1994), où se formule la complexité des identités et des cultures du genre. Cette perspective permettra également d’interroger l’histoire subalterne qu’est l’Histoire des Femmes, plus problématique encore qu’elle s’inscrit dans un contexte où les discours des femmes sont doublement subalternisés, doublement colonisés.

Au-delà même des débats qui inondent les médias, si le récent intérêt du monde académique français pour les Cultural Studies, les études postcoloniales et plus encore les études de genre témoignent du tournant qui s’opère dans la conception du « genre », perçu dorénavant dans une perspective non plus transnationale mais « locale », la multiplication des actions féministes internationales interrogent néanmoins sur la fragilité de l’« exception culturelle », qui demeure non pas un facteur incontournable mais un prisme par lequel le genre « peut » être pensé. Il est donc urgent de rappeler que l’hégémonie est souvent multiple et cumulée, que le patriarcat s’agrège souvent à d’autres types d’oppressions, aux manifestations parfois complexes quand celles-ci sont d’ordre culturel ou identitaire. Il est donc nécessaire de les penser et de les discuter dans cette perspective.

Ouvertes à tous, ces journées d’études s’articuleront autour de quatre axes :

- Les corrélations et les négociations entre genre et nation (coloniale et postcoloniale). On s’intéressera notamment à la représentation de l’« Autre » (Femme et/ou Tiers-Monde) chez les orientalistes (voir Said 1978, Dorlin 2006), aux paradoxes du discours colonial sur la « Femme orientale », à la complexité et à la violence des réponses nationalistes à la colonisation : cristallisation des identités nationales, religieuses et de genre.

- Les modes hégémoniques et leurs formulations, la construction des subalternités et leurs modalités de résistance. On s’intéressera notamment aux différents types d’oppression élaborés durant la colonisation et après les décolonisations, à leur focalisation sur la “question féminine”, ainsi qu’aux constructions de cultures alternatives subalternes. On pourra par exemple discuter le mode de déconstruction historique qu’est l’histoire des femmes en contexte postcolonial, et de repenser cette subalternité au prisme de son contexte.

- Les singularités culturelles et historiques du genre et de sa formulation. On pourra s’interroger sur la diversité des pratiques genrées dans des contextes comparés et sur les modalités culturelles de la construction du genre, en écho à la complexité des contextes culturels et historiques coloniaux et postcoloniaux. Le genre comme prisme permettra d’aborder le postcolonial comme rapport à la diversité, et d’explorer les manifestations hybrides des identités de genre en contexte postcolonial.

- Migration, voyage, exil. On s’interrogera sur l’importance des diverses formes de déplacement et leur influence sur la constitution d’une identité culturelle genrée et/ou postcoloniale (Mills 1991 & 2003 ; Said 2000), ainsi que sur l’élaboration d’une écriture capable d’enregistrer ces enjeux (littérature (im)migrante ou de la migrance : Nepveu 1989, Bhabha 1994). Il s’agit également de discuter du positionnement éthique et politique du voyageur ou de la voyageuse depuis ou vers le pays colonisé ou colonisateur (Pratt 1992) et des formes artistiques et littéraires générées par et dans les « zones de contact » (Pratt 1991).

Les propositions sont à adresser avant le 1er juillet 2014 à :

annecastaing@yahoo.fr

elodie.gaden@free.fr

Bibliographie indicative

Homi Bhabha, Les Lieux de la Culture. Une théorie postcoloniale, Paris, Payot, (1994) 2007.

Partha Chatterjee, The Nation and its Fragments. Colonial and Postcolonial Histories, Princeton, Princeton University Press, 1993.

Elsa Dorlin, La Matrice de la race. Généalogie sexuelle et coloniale de la nation française, Paris, La Découverte, 2006.

Ann Grodzins Gold & Gloria Goodwin Raheja, Listen to the Heron’s words. Reimagining Gender and Kinship in North India, Berkeley, University of California Press, 1994.

Reina Lewis, Gendering Orientalism. Race, Femininity and Representation, London/NY, Routledge, 1996.

Reina Lewis, Rethinking Orientalism. Women, Travel and the Ottoman Harem. London/NY, I.B.Tauris, 2004.

Sara Mills, « Gender and colonial space », in Reina Lewis & Sara Mills Sara (dir.), Feminist Postcolonial Theory, New York, Routledge, 2003 (p. 692-719).

Sara Mills, Discourses of Difference. An Analysis of Women’s Travel Writing and Colonialism. London/New York, Routledge, 1991.

Chandra Talpade Mohanty, “Under Western Eyes : Feminist Scholarship and Colonial Discourses”. Dans Thirld World Women and the Politics of Feminism, Chandra Talpade Mohanty, Anne Russo et Lourdes Torres (dir.). Indianapolis : Indiana University Press, 1991.

Pierre Nepveu, « Qu’est-ce que la transculture ? », Paragraphes , 2, 1989, p.15-31.

Mary-Louise Pratt, Imperial Eyes : Travel Writing and Transculturation, NY, Routledge, 1992.

Adrienne Rich, “Notes Towards a Politics of Location”, in Reina Lewis & Sara Mills (dir.), Feminist Postcolonial Theory : A Reader, New York, Routledge, (1984) 2003.

Edward W. Said, L’Orientalisme. L’Orient créé par l’Occident, Paris, Seuil, (1978) 2003.

Edward W. Said, Réflexions sur l’exil, et autres essais, Arles, Actes Sud, (2000) 2008.

Gayatri C. Spivak, “Can the Subaltern Speak ?”, in Laura Chrisman et Patrick Williams (dir.), Colonial Discourse and Post-Colonial Theory : A Reader, New York, Columbia University Press, (1988) 1994.

Ann Laura Stoler, La Chair de l’empire. Savoir intimes et pouvoirs raciaux en régime colonial, Paris, La Découverte, (2002) 2013.