Genre, politique et représentation au niveau local

Publié le 8 mai 2014 par Institut du Genre

Appel à communication

Genre, politique et représentation au niveau local

Ce colloque est organisé dans le cadre de l’ANR GENEREL.

Les propositions de 500 mots sont attendues pour le 11 juillet.

La date du colloque sera les 13 et 14 novembre prochain. Le colloque se tiendra au Centre Emile Durkheim à Bordeaux.

Les langues de travail seront le français, l’anglais, l’italien et l’espagnol.

Comité d’organisation : Clément Arrambourou, Fanny Bugnon (Post-doctorante ANR GENEREL), Magali Della Sudda (ANR GENEREL), Victor Marneur (Doctorant ANR GENEREL), Frédéric Neyrat, Marion Paoletti, Anaïs Théviot.

Contact : genrepresentation2014@gmail.com

Ce colloque international a pour ambition de croiser les réflexions menées sur la question du genre et de la représentation au niveau local, en faisant jouer les échelons de l’analyse et la comparaison dans l’espace et dans le temps. Si la variable du sexe a été intégrée dans la sociologie électorale dès les débuts de la science politique contemporaine, la science politique française ne s’est saisie du genre comme outil d’analyse qu’à une période récente. Les travaux pionniers sur les femmes en politique se sont enrichis des recherches renouvelées par les appropriation du genre comme outil ou objet d’analyse. La définition désormais classique proposée par Joan W. Scott (1986) a ouvert la voie à des approches de la représentation non plus seulement centrée sur un implicite masculin, ou sur les femmes mais aussi sur les masculinités.

Les travaux de langue française se rapportant au genre en politique ont d’abord concerné les transformations liées à la loi du 6 juin 2000 sur la parité. La mise à l’épreuve de l’universalisme républicain a fait l’objet de recherches débutées au moment de l’élaboration du projet de loi. La genèse du débat et la mise sur l’agenda politique de la cause des femmes ont suscité des réflexions à partir des outils de la sociologie des mobilisation et des politiques publiques. Le questionnement des effets du changement de la règle du jeu sur le champ politique ont ainsi renouvelé les approches de la représentation politique. Au niveau local, les différentes enquêtes menées dès le début des années 2000 ont permis de mettre en évidence le poids des configurations territorialisées dans la valorisation du genre comme ressource. Les effets de la loi dans un contexte structuré par les rapports sociaux hérités de la période coloniale ont également été interrogés en Guyane. Enfin, les attentes de transformations de la manière de faire de la politique, portés lors des débats sur la loi, ont fait l’objet de réévaluation à l’aune des scrutins suivants.

Qu’en est-il aujourd’hui, quelques mois après les élections municipales de 2014 ? Ce colloque sera l’occasion de confronter des observations et enquêtes sur des terrains différents en cherchant à spécifier les modalités d’exercice du pouvoir au niveau local. En particulier, les réformes de l’application de la loi et l’élection municipale des 23 et 30 mars 2014 pourront offrir un prolongement aux investigations menées au lendemain de la loi de 2000. La comparaison dans le temps, l’analyse longitudinale des trajectoires d’individus ou de collectifs, la comparaison spatiale permettront de confronter les expériences paritaires ou de quotas pour répondre à la question posée par l’inégal accès des femmes et des hommes à la représentation politique dans un système politique fondé sur l’égalité en droit.

Plus précisément, trois axes seront privilégiés :

1. La question du leadership au sein des assemblées locale : Alors que la proportion de femmes parmi les conseillers municipaux est passée de 35% à 48% lors des dernières élections en France, elles ne représentent que 12% des maires, soit la même proportion qu’en 2008. L’entrée des femmes en plus grand nombre dans les assemblées régionales et, dans une moindre mesure, dans les assemblées départementales ne semble pas avoir eu d’effets d’entraînement sur les présidences des collectivités locales. Qu’en est-il dans d’autres pays européens ? Comment expliquer et comprendre ce « plancher collant » dans la politique locale ? Les études sur des carrières politiques locales – qui peuvent être articulées à des carrières politiques nationales - seront privilégiées dans cet axe, accordant une attention particulière à des études de cas de carrières « empêchées » ou au contraire réussies. Cet axe entend également s’interroger sur les conditions de production (et de possibilité) du leadership local par des femmes en différenciant les milieux rural et urbain mais aussi la façon dont les différents appareils partisans organisent (ou non) l’accès des femmes à ces responsabilités. La dimension genrée du rôle d’élu au niveau local sera interrogée dans cet axe.

2. L’articulation à la société locale : Si les conditions de l’éligibilité sont relativement bien renseignées, en revanche, les modes d’exercice des mandats par les femmes et les hommes restent plutôt un angle mort de la sociologie politique. C’est bien cette question qu’entend traiter l’axe 2 en privilégiant les rapports des femmes et des hommes élu.e.s à la société locale. Peut-on identifier des ressources spécifiques qui favoriseraient l’accès aux assemblées locales et la tenue du rôle d’élue locale ? Quels sont les réseaux qu’entretiennent de manière privilégiée les femmes et les hommes élus localement ? Quels sont concrètement les groupes d’intérêts avec lesquels ils/elles entrent en relation ? Combien de temps consacrent-ils/elles à ces relations et sous quelle forme ? Au-delà des relations avec les groupes d’intérêt, quelles sont plus généralement les modes de relation, revendiqués et pratiqués, avec la société locale ? Passent-elle par des « contacts » (lesquels ? comment ?) ou des procédures participatives plus institutionnalisées ? La présence de femmes en plus grand nombre en France parmi les élus locaux depuis le vote de la loi sur la parité de 2000 et dans des situations plus égalitaires dans les conseils locaux depuis la loi de 2007 a-t-elle une incidence sur la démocratie participative et les technologies déployées ?

3. Le genre dans l’action publique locale : Dans son étude sur l’exercice du pouvoir local dans sept pays de l’Union européenne, Jacqueline Heinen remarquait en 2002 que la présence de plus de femmes dans les conseils locaux ne se traduisait pas par une politique identifiable comme plus féministe en faveur de l’égalité des sexes.

Depuis, la charte européenne pour l’égalité des femmes et des hommes dans la vie locale, adoptée en 2006, signée (début 2013) par près de1400 collectivités en Europe, a été présentée comme un outil majeur pour promouvoir l’égalité dans la vie locale. Comment s’applique cette charte et qui l’applique en priorité ? Quelles sont parmi les nombreuses actions préconisées par la charte, celles qui sont le plus systématiquement mises en oeuvre ? Qui porte dans les collectivités locales cette charte et quelles sont les résistances éventuelles ? C’est à une évaluation localisée dans différents pays européens de cet outil européen d’égalité entre les sexes qu’entend se livrer cet axe du colloque. En amont de cette charte, ne peut-on pas identifier au sein des assemblées locales une distribution genrée des champs d’intervention ? Dans quelle mesure la division sexuée du travail politique qui a caractérisé les attributions de compétences des premières conseillères municipales (1935-1936 ; 1940-1946), est-elle redéfinie au cours du temps et avec l’arrivée de nouvelles entrantes dans ces arènes politiques locales ?

Le colloque s’attachera à mettre en regard des enquêtes menées dans un cadre local dans différents pays. Enquêtes ethnographiques, études historiques fondées sur des archives, travaux d’anthropologie du politique, de géographie seront confrontés pour saisir au mieux la manière dont le genre questionne la représentation en faisant jouer les niveaux d’analyse. La dimension comparée des processus et la mise en lumière de dynamiques transnationales qui se donnent à voir au niveau local auront toute leur place dans ce colloque.