Espaces urbains transformés et rapports de genre dans les sociétés arabes et méditerranéennes

Publié le 6 juin par Equipe GIS IdG

deadline 30 juin 2016

Espaces urbains transformés et rapports de genre dans les sociétés arabes et méditerranéennes

Résumé
Tout en privilégiant la prise en compte des rapports de genre et les approches comparatives, le colloque insistera sur les processus de transformation des espaces et de leurs fonctions. L’espace est ici entendu dans un double sens : celui qui l’indexe aux lieux et aux paysages, celui qui renvoie à une délimitation abstraite pour dire, par exemple, l’espace politique ou l’espace littéraire. Les contributions de chercheurs, mais aussi d’autres types d’acteurs (associations, artistes …), ayant pour terrain les sociétés arabes et méditerranéennes seront privilégiées sans exclure d’autres régions du monde.

Argumentaire
Nous avons assisté ces dernières années à des crises et à des ruptures politiques et sociales qui se sont traduites par des mobilisations identifiées ou associées à des places ou à des lieux emblématiques. Les manifestations en Égypte et dans d’autres villes arabes en constituent de spectaculaires illustrations. Les lieux apparaissent dans une telle conjoncture avec une forte charge symbolique alors que leur accès constitue un enjeu parfois déterminant pour la suite des événements. Cette mise en visibilité fait encore mieux ressortir que les espaces adviennent par l’appropriation qui en est faite par celles et ceux qui les pratiquent d’une manière ou d’une autre. Les usages dans cette perspective gagnent à être questionnés en considérant aussi bien les dynamiques urbaines dans leur contexte historique, que les personnes ou les groupes selon leur ancrage social. Les rapports de genre à cet égard sont de puissants analyseurs. On le voit bien ces dernières années où les revendications portent autant sur le dépassement de régimes autoritaires que sur l’égale considération des femmes et des hommes pour instaurer des systèmes politiques reposant sur une symétrie de statut.

Cette approche par le genre permet de rapporter les rôles et les statuts à une conjoncture sociale sans les isoler, en soulignant la tension relative à leur construction sociale et leur mise à l’épreuve. Les travaux de Judith Butler[1] qui a largement contribué à le diffuser, comme ceux d’Irène Théry[2] montrent les apports et les multiples débats qui accompagnent un tel concept. Pour cette dernière, le genre met en relief le « relationnel » et prend, bien davantage que le concept identitaire, ses distances avec l’héritage de la pensée de la « nature humaine » qui attribuait à une identité intérieure masculine ou féminine notre « vocation sociale ». De ce point de vue, loin de se contenter de remplacer l’hypothèse du déterminisme de la nature par celui du déterminisme de la culture, l’approche relationnelle place au centre une interrogation sur l’être humain en général comme être affilié aux « institutions du sens ». Parler de genre ne se limite donc pas à repérer ce qui participe d’une redéfinition de la position sociale des femmes. Par ce prisme les sociétés n’apparaissent pas comme une succession d’étapes, ou même comme un blocage sur des structures héritées du passé[3], mais comme des communautés se caractérisant par des institutions résultantes de rapports de force. On peut de la sorte se demander comment saisir plus précisément d’éventuels repositionnements et de quelles manières les femmes et les hommes perpétuent les rôles qu’elles et ils ont appris ou s’en dégagent. Il conviendra de mieux appréhender l’espace relationnel et la fabrication des ressources qui autorisent les adaptations, les aménagements ou les ruptures.

Concernant la spatialité, l’espace ressort d’une construction relationnelle ou d’une objectivation comme le montre Martina Löw[4]. Son appréhension est conditionnée par les socialisations et les trajectoires socialement différenciés. Les manières de délimiter les lieux, de les indexer à une fonction, à un groupe ou à des activités données se comprennent selon les configurations d’apprentissages d’une part, et sont confirmées ou non par les pratiques ordinaires ultérieures, d’autre part. Mettre en question des espaces transformés par des manifestations, notamment politiques, permet d’insister sur le processus de leur déstabilisation. Ces rapports à l’espace, bien logiquement, adviennent en relation étroite avec la détermination sociale des temporalités[5]. Les évènements politiques sont, à cet égard, des analyseurs des recompositions et mettent à l’épreuve la distinction élaborée par Henri Lefebvre entre espace conçu, espace vécu et espace perçu[6]. Les découpages jour/nuit ou par des tranches horaires, la référence au temps court et au temps « réel » illustrent les conceptions des rythmes mais aussi des engagements et des perspectives, différents sur les registres de la vie quotidienne, ceux des médias ou du calendrier politique. Les temps sociaux ne sont pas les mêmes si on les réfère au travail salarié, au travail domestique, au loisir … Là encore, le genre constitue une approche révélatrice de la naturalisation des rôles et de leur éventuelle redéfinition en lien avec les épisodes de transformation sociale et politique. Les changements, lorsqu’ils ont lieu, ne sont pas perceptibles de la même manière même si on observe des similitudes de condition dans différentes sociétés méditerranéennes et ne peuvent être réduits aux seuls événements repérables (par exemple les manifestations). Sans ignorer le retentissement médiatique, politique et leurs effets difficilement mesurables auprès des citoyens, il convient de rapporter ces évolutions à des processus s’inscrivant dans la durée.

Tout en privilégiant la prise en compte des rapports de genre et les approches comparatives dans le prolongement de ceux du Caire (Genre, villes et gouvernance locale dans le monde arabe et en Méditerranée, avril 2010)[7] et de Paris (Recherches actuelles sur le genre dans le monde arabo-musulman et en France, novembre 2014) sur le genre et la ville, le colloque insistera cette fois sur les processus de transformation des espaces et de leurs fonctions. L’espace est ici entendu dans un double sens : celui qui l’indexe aux lieux et aux paysages, celui qui renvoie à une délimitation abstraite pour dire, par exemple, l’espace politique ou l’espace littéraire. L’espace en littérature pose la question de sa perception : produit et/ou reflet d’une transcendance, donnée objective ou objet médiatisé par les filtres du langage, de la culture, de la littérature, etc. et dont l’appréhension ne peut être que subjective. L’espace pose aussi celle de sa représentation dans l’œuvre littéraire, qui obéit, en grande partie, à des codes esthétiques liés aux différents genres littéraires et époques. Espaces imaginaires, référentiels, narratifs, dramatiques, scéniques, etc. sont l’objet de différents types de transformations, que ces transformations affectent l’espace lui-même ou le regard qui est porté sur lui dans et par l’œuvre littéraire. On interrogera la manière dont l’œuvre littéraire rend compte de l’espace transformé par les phénomènes naturels/surnaturels (déluge, malédiction divine), par le pouvoir politique (guerre, conquête, exil), par la société (modernisation), par les individus ou les collectifs (à travers ses différents types d’appropriation) par la narration, etc. ; mais aussi comment elle met en scène un espace transformé par le regard : espace transfiguré, espace défiguré, espace fantasmé.

Des chercheurs de différentes disciplines aborderont ainsi cette dimension. Les analyses proposées reposeront donc aussi bien sur le recueil de données selon diverses sources, sur des corpus ou discours, ou sur des enquêtes quantitatives ou qualitatives fondées sur des entretiens ou des observations directes et des ethnographies. En littérature, les approches anthropologique, sémiotique,… contribueront utilement à interroger ces espaces transformés et à en dégager les enjeux dans l’œuvre littéraire. Les contributions de chercheurs, mais aussi d’autres types d’acteurs (associations, artistes …), ayant pour terrain les sociétés arabes et méditerranéennes seront privilégiées sans exclure d’autres régions du monde.

Les propositions de communications s’inscriront dans les approches thématiques suivantes :

1-Epistémologie, recherches internationales et travaux sur le genre et l’espace
Les travaux sur le genre et les dynamiques urbaines se sont multipliés ces dernières années en privilégiant la comparaison internationale. Les communications pourront porter sur les débats théoriques récents sur cette thématique, ou sur les apports et les limites méthodologiques et épistémologiques de monographies ou de recherches multisituées dans ce domaine.

2-Les villes comme espaces de changements politiques et sociaux
Les espaces appropriés selon le genre (la sexualisation des espaces), ceux de la contestation, ceux du repli ou de la conquête. Les recompositions culturelles et les conditions d’accès à l’espace public (par exemple la définition de la pudeur comme enjeu relatif à l’engagement public), les formes d’expression politiques selon les lieux, l’espace en tant qu’enjeu conflictuel et comme cadre de l’action…

3-La dynamique des lieux et les représentations spatiales
La notion de frontière et autres découpages, révélateurs de changements politiques / État-nation, celle de distance et de proximité … Rapport entre géographie et politique. Les représentations géographique et sociale liés aux différents espaces (cités traditionnelles et villes modernes à titre d’exemple), les modalités d’appropriation des lieux et les usages ordinaires des espaces (l’espace en tant que cadre de vie familier)… Les processus dans le temps et l’espace, les enjeux relatifs aux lieux de pouvoir, les racines déplacées et les mémoires blessées, la quête d’identité,… L’espace catalyse en effet toutes ces préoccupations fondamentales.

4-Exprimer l’espace et ses transformations
Légitimer les lieux, les dire selon les codes. L’espace comme espace de l’expression de changements. Mémoire et division spatiale, notion de rupture, de blessure et d’éclatement des lieux traditionnellement plus homogènes… Les métaphores de l’espace et les espaces symboliques … L’imaginaire de l’espace qui se nourrit de fantasmes.